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 Un instant loin du monde [pv. Sheryl McDones]

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私 は Izumi Kokuro



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MessageSujet: Un instant loin du monde [pv. Sheryl McDones]   Lun 22 Avr - 10:52

Un instant loin du monde / Chapitre 1 de l'histoire d'Izumi

-Chapitre précédent: Intro / Fiche de présentation-
-Chapitre suivant: Chapitre 2 / Une nouvelle partenaire de jeu!-



Précédemment...


KOKURO Izumi est un étudiant comme les autres... enfin plus ou moins. Major de sa promotion de droit et issu de la communauté catholique de Kensei, peu de gens savent que, sous ses airs d'élève et de fils parfait, il est, en fait, tout à la fois, un membre des Hide et un tueur à la solde d'un avocat favorable à son clan et qui utilise les informations qu'il récolte dans ses dossiers afin d’exécuter les Kuragari qui parviennent à échapper aux mailles du filet de la justice traditionnelle.
Solitaire et machiavélique, Izumi apparaît alors comme une âme dénuée de toute humanité. Mais encore une fois, il ne s'agit là que d'un raccourci. Après tout, le jeune homme n'est-il peut être qu'un serviteur de la loi, un peu trop zélé qui tente d'imposer au monde... une autre conception de la justice...




LUNDI

Le radio-réveil sonna 5 heures du matin.
Izumi tendit sa main, fit s'arrêter la sonnerie et se recoucha aussitôt.
Le radio-réveil sonna 5 heures 30.
-C'est parti... pensa le garçon.
Il se leva, déposa un baiser discret sur le front de sa petite copine : Sayumi, puis il se faufila dans la salle de bain de leur appartement, ouvrit l'eau et se rasa.
Le jeune homme prit sa douche. Il embrassa sa petite-amie, alla s'habiller dans leur chambre, avala un toast, prit son sac de sport et quitta enfin les lieux.
6 heures 30. Il prit le train de banlieue, se rendit dans les quartiers nord et courut sur un kilomètre jusqu'à arriver à sa salle de sport.
Ce matin, on y passait du Michael Jackson. Tant mieux. Smoth Criminal avait toujours donné au jeune homme l’entrain dont il avait besoin pour bien attaquer la journée.
Il courut une petite demie-heure, fit ses abdos, ses pompes, ses levées de poids, son développé couché...
7h50.
Izumi quitta la salle de sport en trombe et attrapa à temps le dernier train en direction du centre ville.
Il remonta chez lui, prit une nouvelle douche et jeta son jogging dans le panier à linge salle. Il laissa un mot sur le frigo à l'attention de Sayumi, attrapa son sac de cours et fila.
8h30. Départ du métro en direction de l'université.
Le garçon arriva à l'entrée de la faculté de droit, il ôta ses chaussures de ville, enfila ses zôris et fila vers son amphithéâtre.
9h00. Premier cours.
10h00. Droit comparé.
11h00. Droit des contrats.
12h00. Contentieux.
13h00. Droit civil.
Tout au long de la journée, il suivit les cours d'un air distrait. Il avait pris de l'avance et maîtrisait déjà les nuances que ses professeurs abordaient en ce moment. Alors, plutôt que d'accorder toute son attention à l'enseignement que l'on lui dispensait, il préférait utiliser son ordinateurs pour aller consulter les nouvelles sur le net ou pour s'occuper de la correspondance de son patron : Satô Sensei, sur les dossiers en cours.
A 14h30, il alla déjeuner en ville avec des amis. Il prononça le bénédicité dans sa tête, avala son repas en trombe, laissa un pourboire plus que généreux et quitta le restaurant pour filer vers la bibliothèque municipale.
Il y travailla une demi-heure, sortit et fuma une cigarette...

Mon Dieu, il n'en avait pas eu le temps jusque là... c'était sa première pause de la journée...

Et c'était reparti.
Le jeune homme travailla deux heure, il attrapa le metro et fila vers son appartement.
18h30. Une bise rapide à Sayumi qui révisait ses cours de sociologie. Puis départ vers le cabinet de Maître Satô.
Le jeune homme y travailla jusqu'à 22heures.
Il rentra, goba un plat de nouilles aux légumes froid devant la télévision, bu un verre de thé glacé, se faufila dans son lit. Sayumi dormait. Il s'endormit aussi.



MARDI

Le radio-réveil sonna 5 heures du matin.
Izumi tendit sa main, fit s'arrêter la sonnerie et se recoucha aussitôt.
Le radio-réveil sonna 5 heures 30.
C'était reparti.
Levé, baiser sur le front, douche, baiser, sac de sport, départ de l'appartement.
6heures30. Train de banlieue, salle de sport. Ce matin : c'était de la K-pop.
Tapis de course, abdos, pompes, poids, développé-couché.
8heures. Retour à l'appartement.
Le jeune homme bu en trombe un verre de thé glacé, avala un rapide petit déjeuner que lui avait préparé Sayumi et fila.
8h30. Départ du métro en direction de l'université.
Le garçon arriva à l'entrée de la faculté de droit, il ôta ses chaussures de ville, enfila ses zôris et fila vers son amphithéâtre.
9h00. Premier cours.
10h00. Pénal.
12h00. Contentieux.
13h00. Izumi fila en direction de son appartement.
Il y avala un hamburger surgelé réchauffé au micro-onde et prit la direction du cabinet.
14h00. Début d'une longue après midi de travail.
18h00. Il appela Sayumi. Lui dit qu'il l'aimait. Il ne le pensait pas. Qu'importe.

18h15. Pause cigarette...

18h30. Départ en direction de la faculté.
Izumi arriva à l'entrée de gymnase, il ôta ses chaussures de ville, enfila ses zôris et son kimono. L’entraînement commença.
20h30. Retour à l'appartement. Dîner en amoureux. Sayumi partit se coucher.
Le futur avocat travailla tard ce soir là.

Besoin de tendresse...



MERCREDI

Le radio-réveil sonna 5 heures du matin.
Izumi tendit sa main, fit s'arrêter la sonnerie et se recoucha aussitôt.
Le radio-réveil sonna 5 heures 30.
Nouveau départ.
En route pour le club de sport, Izumi reçu un appel de Maître Satô qui lui demanda de faire un petit détour pour s'occuper de rendre justice lui-même.
Il arrivait souvent à son patron de l'appeler afin de lui demander de veiller personnellement à l'élimination de Kuragari qui « avaient échappé aux mailles du filet de la justice ».
7h. Changement de programme. L'étudiant prit la direction du cabinet.
7h30. Il y récupéra les armes et le dossier servant à lui indiquer sa cible.
8h15. Élimination.
8h45. Destruction des preuves.
9h30. Retour au cabinet pour y déposer les armes. Le premier cours du jeune homme avait déjà commencé.
-Foutu pour foutu... pensa-t-il.
10h00. Retour à l'appartement. Izumi se posa devant la télévision une petite demie-heure, il prépara du thé glacé, puis révisa jusqu'à l'heure du déjeuner.
13h00. Déjeuner en amoureux. Échange de baisers et début de pelotage.
13h30. Départ pour le cabinet.
14h00. Début d'une longue après midi de travail.
20h30. Retour à l'appartement. Dîner en amoureux.
Izumi et sa petite-copine allèrent se coucher en même temps. Le jeune homme lui fit une proposition assez salace. Elle refusa et s'endormit presque aussitôt. Il s'endormit aussi.

… Besoin d'un break.



JEUDI

Le radio-réveil sonna 5 heures du matin.
Izumi tendit sa main, fit s'arrêter la sonnerie et se recoucha aussitôt.
Le radio-réveil sonna 5 heures 30.
Le garçon n'en pouvait plus.
Départ pour les quartiers nord.
Club de sport.
Tapis de course et abdos sur des morceaux de rock occidentaux. Levée de poids et développé-couché sur du L'Arc-en-Ciel.
Izumi retourna à son appartement. Se doucha et fila à l'université.
8h30. Départ du métro.
Le garçon arriva à l'entrée de la faculté de droit, il ôta ses chaussures de ville, enfila ses zôris et fila vers son amphithéâtre.
9h00. Premier cours.
10h00. Droit Pénal.
12h00. Contentieux.
13h00. Droit Civil.
A 14h30, le jeune homme alla déjeuner en ville avec des amis. Il prononça le bénédicité dans sa tête, avala son repas en trombe, laissa un pourboire plus que généreux et quitta le restaurant pour filer vers la bibliothèque municipale.
Il y travailla une demi-heure et sortit fumer une cigarette...

Première pause de la journée...

15h00. Izumi reçu un appel sur son portable, il se rendit dans un appartement de banlieue, y retrouva une prostituée et passa du bon temps.
16h00. Travail au cabinet
18h00. Izumi appela Sayumi. Lui dit qu'il l'aimait. Il ne le pensait toujours pas.

18h15. Deuxième pause cigarette...
18h30. Départ en direction de la faculté.
Izumi arriva à l'entrée de gymnase, il ôta ses chaussures de ville, enfila ses zôris et son kimono. L’entraînement commença.
20h30. Retour à l'appartement. Dîner seul.
21h00. Deux heures de révision. Thé glacé. Télé.
00h05. Izumi alla se coucher. Il fit une nouvelle proposition à Sayumi. Elle lui proposa de prendre des lits séparés. Il crut à une blague. Il rit... Elle ne riait pas.
00h30. Début d'une nuit de questionnements.

Vraiment besoin d'un break...



VENDREDI

Izumi se reveilla et regarda l'heure.
9h30 !
PANIQUE !!!
Il oublia de se doucher, s'habilla à la hâte. Avala un verre de thé glacé. Se rua vers la faculté.
Chaussures de ville.
Zôris.
Droit Pénal.
Droit des contrats.
Contentieux.
Repas en ville.
Prostituée.
Bibliothèque.
Coup de téléphone.
Nouvelle élimination d'un kuragari pour le compte de maître Satô.
Longue soirée de travail au cabinet.
Pas de repas.
Longue nuit de révision à l'appartement.
Sayumi ne lui accorda aucune attention.
Izumi s'endormit sur le canapé du salon, devant la télévision.

Le break devint urgent...



SAMEDI, 13h30

Izumi se décida enfin à souffler. Il avait passé toute la matinée à réviser à la bibliothèque et, au moment où il sortit de l'édifice, comme à bout de nerds, il s'était dit qu'il allait finalement se prendre cette petite pause dont il rêvait tant. Pas longtemps. Juste une heure peut être... Oui, une heure ce n'était pas long.
Il prit son téléphone, appela le cabinet et prévint qu'il aurait un peu de retard.
Il éteignit alors son portable, ne tenant aucun compte d'un message que venait de lui envoyer Sayumi. Il fit de même avec son agenda électronique et, déjà un peu plus détendu, il s'enfonça dans le métro.
Là, il mis ses écouteurs, alluma son ipod, choisit une programmation de champs de gospel et prit la direction des quartiers nord.

Lorsque le jeune homme vit la mer, un sourire se dessina sur son visage.
Il prit le temps de regarder le vas-et-viens reposant des vagues. Toutes si semblables... toutes si différentes... Il n'aurait su expliquer pourquoi mais, ici, à cet endroit précis, en cet instant précis, il se sentit comme submerger par un élan de nostalgie qui le chamboula.
Il se souvint de tous ces dimanches après-midi au cours desquels, après la messe, ses parents l'avaient emmené ici pour se baigner.
La ville était bien différente à l'époque. Elle n'était pas encore si touristique et, surtout, aucun gang n'y existait. C'était les années 90.
Sa mère était vêtue d'un maillot une pièce rouge et coiffée d'une choucroute immonde au volume d'outre-espace. C'était ce qui était tendance à l'époque... enfin, il lui semblait.
Son père portait toujours son sempiternel long short de bain orange quadrillé de losanges marrons. A l'époque, il arborait une énorme moustache à la Magnum : la célébrissime série télévisée américaine...
Izumi se rappela et il ria en se rappelant...

Alors ! Que pouvait-il bien faire de son heure de repos ?
Il observa le quartier qui se dessinait devant lui. Il était surtout colonisé par les magasins de surf et les salons d'arcade.
Comme il était sensé aller au cabinet plus tard dans l'après-midi, le jeune homme avait prévu le coup en enfilant son costume le plus chère : un deux-pièces noir à deux millions de yens.
Il ne pouvait décemment pas pénétra dans un des temples de l'adolescent attardé habillé en salaryman tout propre sur lui. Si il avait su. Il aurait emporté un vieux t-shirt et un short dans son sac.
Finalement, il se décida à marcher un instant pour se rapprocher du centre-ville et du quartier d'affaire. Là, il trouverait très probablement un lieu... plus approprié.

Quelques minutes plus tard, il prenait l’ascenseur de la tour Tokiko en direction du neuvième étage. Il savait qu'il y avait là un bar sympa. Celui-ci avait une bonne vue sur le quartier et puis il s'agissait d'un endroit où le jeune homme était plus ou moins sur de ne pas tâcher son costume.
Lorsque l’ascenseur s'arrêta, Izumi rangea son i-pod et laissa une hôtesse le conduire jusqu'à une table près d'une grande baie vitrée depuis laquelle on pouvait apercevoir quelques immeubles de taille moyenne qui surveillaient les quartiers calmes du nord.
Le jeune homme commanda un scotch qu'il savoura gorgée par gorgée.
-Ahh, pensa-t-il. Que dirait notre Seigneur si il me voyait céder si facilement à la tentation.
Puis, avalant une autre lampé, il se dit :
-Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour moi, pauvre pécheur.

Une fois qu'il eut finit son premier vers, Izumi en commanda un autre et, tout en l'attendant, il s'alluma une cigarette et se rapprocha de la baie vitrée afin d'observer le manège des badauds qui se pressaient là, tout en bas de la tour.
Près d'une grande roue qui avait était installée pour célébrait une fête quelconque, s’agglutinait une bande de gamins qui suppliaient leurs mères de les laisser faire un tour. Un peu plus loin, près d'un parc, une vieil homme partageait une glace à l'italienne avec son chien. Là, tout près de lui, évoluaient deux amoureux qui se tenaient par la main. C'était un beau samedi après-midi. Même le ciel, d'un bleu azur, semblait sourire à on ne savait quoi.
Tandis qu'il tirait une nouvelle bouffée de tabac de sa cigarette et alors qu'un serveur venait de déposé sur la table son deuxième verre de scotch, Izumi ne put s'empêcher d'avoir une pensée déroutante.
Malgré sa panoplie d'amis, ses parents aimants et sa petite-copine, il se sentait... comment dire... incroyablement seul. Lassé d'un monde au sein duquel il ne trouvait aucune saveur et qu'il désespérer de changer. Il avait comme l'impression de se noyer dans un quotidien qui semblait vouloir sa peau. Même ses petites « activités extra-juridique », son parcours au sein des Hide, son projet de révolutionner le monde... c'était comme si rien de tout cela ne parvenait finalement à donner un sens à son existence.
Las, il jeta un coup d’œil en direction des autres tables. Il ne savait pas bien pourquoi. Peut être juste pour voir si les autres clients du bar semblaient aussi blasés que lui...


Dernière édition par Izumi Kokuro le Lun 27 Mai - 13:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un instant loin du monde [pv. Sheryl McDones]   Lun 22 Avr - 23:47


« Un instant loin du monde »


La semaine s'annonçait ensoleillée. Étonnamment, cela faisait ni chaud ni froid à Sheryl qui de doute façon ne sortait de chez elle que pour aller travailler. Son réveil ne sonna pas, à quoi bon, elle travaillait que du soir alors pourquoi le faire sonner quand le soleil se levait à peine. Celui-ci éclaira doucement la chambre de la demoiselle, encore endormie. Elle tenait son coussin serrer dans ses bras et semblait profondément rêvée. Un sourire lui apparut sur le visage puis elle ouvrit les yeux, des yeux plein d'espoirs. Visiblement, elle avait encore rêvée de lui. Son ex-petit ami. On pourrait dire que c'était mignon, au premier abord, mais quand on savait comment Sheryl l'avait traité et comment elle l'avait laissée tomber la veille de son départ, c'était affligeant qu'elle puisse y penser encore. Pourtant, il lui restait de temps à autre des souvenirs qui valaient la peine qu'on s'en souvienne. Sheryl se rendormit.

11h15. La jeune femme se réveilla péniblement, constatant qu'elle n'arrivait plus à dormir malgré les efforts qu'elle faisait pour. Doucement, elle s'assit sur le bord de son lit et s'étira. Vendredi. Une journée on ne peut plus banale pour la demoiselle. Observant autour d'elle, elle remarqua des restes de "farine" tamisée sur sa table de nuit. Haussant les sourcils, elle peinait à se rappeler la dernière fois qu'elle en avait consommée en soirée. Peut-être le week end dernier, qui sais. S'approchant doucement, souriante, elle préparait avec amour se qui aurait pour but de la faire planer le reste de l'après-midi. Elle respira le petit rail et s'endormit de nouveau.

4h00, le lendemain matin.

J'ai peur. Sheryl. Laisse moi. Sheryl. Vas-t'en. Réveille toi. Vas-t'en ! DEBOUT.

La jeune femme se réveilla en sursaut. En sueur, haletante, elle prit quelques minutes pour réaliser que ce n'était qu'un cauchemar. Son père n'était plus là à présent, il fallait qu'elle le comprenne. Il ne la frapperai plus. C'était fini. Les traits de la demoiselle s’endurcirent au fur et à mesure qu'elle se calmait. Regardant l'heure d'un oeil désintéressé, elle soupira avant de se lever et de fouiller dans son sac. 5 appels manqués de son patron. Elle soupira de nouveau, réalisant qu'elle avait louper le travail pour la deuxième fois de la semaine. Elle n'y pouvait rien, la drogue faisait maintenant partie de sa vie et elle ne pouvait s'y résoudre à l'enlever. C'était la seule qui lui enlevait tout ces cauchemars à répétition, ces insomnies.

Il est samedi, on entend la douche de la demoiselle à travers le petit appartement. Le soleil pointe le bout de son nez mais il est encore tôt. Sheryl est prête à passée une bonne journée, ne se tracassant pas plus que cela pour son travail, son boss et elle ayant une relation plus qu’ambiguë de toute façon. La douche s'arrêta et une demoiselle vêtue d'une simple serviette de bain sortie de la salle d'eau. Sous vêtements en dentelles blanches, débardeur blanc, jean slim noir et baskets amples. Rien de plus simple pour une belle journée. Restant un instant devant la petit télévision, elle se prit quelque chose à manger, laissant le temps s'écouler.

Préparant quelques roulés en avance, comme elle aimait si bien le faire, les disposant dans une boite soigneusement préparée elle aussi, dans son sac noir. Se maquillant plus légèrement que si elle allait travailler, elle n'oublia quand même pas le contour de ses yeux toujours aussi noir. La porte claqua. Il est midi, Sheryl est sortie de son appartement.

Descendant les marches quatre à quatre, laissant paraître que c'était devenue une habitude alors que cela ne faisait que quelques mois qu'elle était ici. Évitant soigneusement de passer devant le concierge, qui lui demanderai surement le loyer qu'elle n'avait pas encore, elle se faufila comme un serpent dehors.

Il faisait beau et les gens étaient de bonne humeur. La demoiselle attacha ses cheveux en une queue de cheval, sortie une cigarette et se l'alluma. Tout en marchant dans les petites rues, elle se demandait bien ce qu'elle pourrait faire de cette journée. Ne pas croiser son patron serait déjà une bonne idée. Elle entendit le métro passer. Quelle bonne idée, elle n'avait qu'à se balader en métro l'air de rien, voir ou cela la mènerait. Une jeu comme un autre.

Cigarette finit, elle rentra dans le premier métro qui se presentait à elle, décidée à ne descendre que quand elle le sentirait. Ce fut à la 6eme station qu'elle se décida à poser le pied. Regardant autour d'elle, apercevant des batiments en construction, des lotissements neufs et aussi, beaucoup de monde.

- « Bon.. Puisque que c'est ici », disait-elle à voix basse tandis qu'elle se rallumait une roulée, cette fois-ci.

Ce n’était surement ni le lieu, ni l'endroit, tant pis. Se baladant comme si elle était une touriste, le regard des gens sur la jeune femme hors norme lui fit prendre la décision de rentrée dans le premier commerce qu'elle trouverait. Ce fut un bar, étrangement bien fréquenté qui s'offrait à elle. Mais ou était-elle tombée? Une jeune femme l'aborda, lui demandant ou elle désirait s'asseoir et ce qu'elle désirait consommer. La demoiselle la regarda de haut en bas avant de se diriger d'elle-même vers une table, étrangement aussi solitaire qu'elle. Commandant un chocolat, elle regarda la vue par la fenêtre. Beaucoup d'animations et de joie de vivre pour une des rares journées ensoleillées qui lui avait été donnée de voir ici.

Changeant de vue, elle regarda la salle d'un air intéressé. Pourquoi ne pas s'amuser un peu. Sûrement rempli d'avocats, de bureaucrate et d'hommes plus riches les uns que les autres et surtout, plus coincés. Seulement, au lieu d'analyser chaque personne présente, le regard de la demoiselle se figea sur un jeune homme. Visiblement un peu plus âgé qu'elle ou pas du tout, c'était peut-être son costume qui lui donnait cet air. La raison pour laquelle son regard ne le quitta pas était simple : il était le portrait presque parfait de son ex petit-ami qui avait hanté ses rêves avant hier. Alors qu'elle détaillait chaque parcelle de son visage, analysant si elle ne rêvait pas ou si c'était encore son esprit qui lui jouait des tours, il fallut que le jeune homme tourne la tête vers elle.

Aussitôt, elle détourna le regard vers la fenêtre. Inutile de continuer, il n'avait pas les mêmes yeux. Rassurée de ne pas voir ce con immature en ces lieux, Sheryl se détendit doucement. Après tout, que ferait-il ici ? Il était surement bien posé à NY, lui. Ahah. Cette remarque fit sourire la demoiselle, alors que le soleil venait chatouiller ses joues. Sa tasse était déjà quasiment vide et elle aurait souhaitée en commander une autre. Cherchant du regard la dame qui l'avait servie plus tôt, cette fois elle croisa sans y échapper le regard du jeune homme. Alors, elle décida de le regarder, posant ses prunelles turquoise, le regardant tel un chat avec sa souris avant de sourire bêtement et de détourner le regard. Décidément, ce n'était pas lui, mais la comparaison fit sourire la demoiselle, imaginant son ancien compagnon avec la dégaine de l'homme à deux tables plus loin. Cela aurait pu être une chose à faire, s'il n'était pas rester là-bas et si elle n'était pas partie changée de vie. Une tasse chaude arriva, qu'elle but doucement, sans même remarquer que des personnes venaient et allaient.

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MessageSujet: Re: Un instant loin du monde [pv. Sheryl McDones]   Mar 23 Avr - 3:14

Trois vieux bonhommes en train de prendre une bière, une jeune femme à l'air ahuri et aux étranges cheveux roses, un couple en train de siroter un cocktail à deux et une vieille dame, assise devant un verre de saké et qui avait l'air complètement perdue. Sûrement un rentière qui ne savait pas quoi faire de ses journées.
Voilà le portrait rapide des autres clients que se fit Izumi, dans sa tête.
Rien de bien intéressant.
De nouveau, il plongea son regard sur la ville et réfléchit un instant.
Quel contraste il existait entre les deux tableaux qui s'offraient à lui ! On avait même du mal à croire qu'ils ne constituaient en fait qu'un tout. Comme les deux facettes bien différentes d'un monde à deux vitesses.
Ici, en haut de cette tour, dans ce bar, rien ne venait rompre le silence sinon les accords monotones d'un morceau de jazz. Les serveurs, tous au grade à vous, jetaient, de temps à autres, des regards discrets sur les tables, prêts à intervenir à la moindre alerte. Les différents clients, du fait de leur statut, était tous si égocentriques qu'ils ne prêtaient aucune attention à leurs semblables et avaient cette faculté à enfermer leur table dans une bulle d'infini en dehors de laquelle plus rien ni personne n'existait.
Le froid, la solitude, l'enfermement... voilà à quoi ressemblait le monde d'en haut.
On aurait pu croire que tous ces gens, là, en bas, dans la rue, étaient plus heureux.
En effet, les enfants y riaient, les mères y plaisantaient entre elles, les amoureux se promenaient transis d'amour et les vieillards, seuls, partageaient une glace avec leurs chiens... Le plus parfait des samedi après-midi... Pourtant, comment gommer ces petits détails que personne, mis à part Izumi, ne semblait remarquer ? Comment oublier cet enfant seul qui pleurait à l'écart des autres et qui n'intéressait visiblement personne ? Comment ne pas tenir compte des mains crispées des jeunes mères de famille qui cramponnaient leurs sacs avec acharnement. Comme si, à tout moment, un homme encagoulé allait surgir d'une ruelle pour le leur dérober ? Comment faire semblant de ne pas voir le rictus d'inquiétude et de doute qui se cachait derrière les sourires de deux amoureux qui, lorsque l'on les examinait avec plus d'attention avaient l'air, en plus de s'aimer, de se harceler et de se faire souffrir l'un l'autre ? Comment oser détourner son regard de ce chien qui faisait la grimace à chaque coup de langue qu'il assénait à une glace à l'italienne ; à cause de l'inconscience d'un vieil homme, le sucre, qu'il ne pouvait synthétiser, était très probablement en train de causer des dégâts irréversibles à son organisme...
Oui, le bonheur des gens simples, la vertu qui se cache dans l'inconscience, Izumi le savait : tout cela n'était qu'un leurre. Un masque destiné à rendre la vacuité de la vie plus supportable.
Et c'est en ça que les deux mondes se ressemblaient tant et tellement. En bas, en haut, il n'y avaient que des abrutis. Des idiots qui se détruisaient les uns les autres à force de ne pas se comprendre. Nul besoin des gangs pour cela. Le citoyen lambda arrivait très bien à semer, lui-même, le chaos.
A la différence des hors-la-loi, il ne l'admettait pas.
Et ce n'était que lorsque l'on avait assimilé ça que l'on comprenait ce qu'était réellement le monde : deux côtés d'une même pièce en train de tournoyer au bord d'une table et sur le point de tomber à n'importe quel instant.
Une ruche bâtie sur les fondations d'une fourmilière. Au sein de chacune d'entre elle, l'amertume et la tristesse prend une forme nouvelle, mais elle ne disparaît jamais. Et jamais au grand jamais une fourmille ne se faufile au sein de la ruche ni une abeille ne s'aventure du côté de la fourmilière. Au lieu de cela, elles se regardent chacune d'un ou de l'autre des deux côtés d'un fossé gigantesque qui les séparent, en se disant que la vie est plus belle de l'autre côté. Et c'est cet espoir sans fondement qui les pousse à continuer à se comporter comme des animaux sans foi ni loi et à se détruire sans même s'en rendre compte.
Il était plus que temps que quelqu'un mette de l'ordre là dedans. Un meneur. Un chef. Un guide. Un ange. L'archange.... C'est ce qu'il serait. Il serait l'archange de Kensei...

-Tiens !
Au moment où il tourna la tête, Kokuro retint presque un cri de stupeur.
La jeune femme qui buvait son verre toute seule était en train de le regarder.
Et, il ne sut dire pourquoi il ne l'avait remarqué plus tôt mais ce n'était qu'au moment où il croisa ses deux prunelles turquoises qu'il s'arrêta sur le fait qu'elle n'était définitivement pas de ce monde.
-C'est vrai. Se dit-il à lui-même. Elle n'a rien à voir avec les autres clients. Des cheveux roses déjà, j'aurais du tilter tout de suite.
Tout en lui adressant, bien malgré lui, un regard interrogateur, il la dévisagea des pieds à la tête.
Elle était vêtue d'un débardeur blanc d'apparence très simple et sous la bretelle duquel dépassait celle de son soutien-gorge en dentelle.
Elle avait un slim noir, des baskets qui semblaient assez confortables et ses cheveux étaient noués en une queue de cheval qui paraissait plutôt négligée.
Sa main faisait lascivement tourner la petite cuillère de ce qui ressemblait à un thé ou d'un café.
Son visage était très jeune. Elle devait avoir à peu près son âge. Et elle était pourtant maquillée comme un camion volé.
Ses deux yeux à la couleur visiblement modifiée par des lentilles, étaient encadrés par une encre noir des plus envoûtantes.
Quel étrange personnage...

Kokuro la fixa pendant un peu trop longtemps et d'un œil peut être un peu trop insistant. Il voulut détourner son regard d'elle mais, à ce moment là, elle lui adressa un sourire des plus abrutis avant de tourner la tête.
-Bien joué, pensa le jeune homme en vidant son verre. Discretion : 0/100.

Izumi tenta de détourner son attention de l'étrange apparition. De son concentrer sur autre chose : la ville, les autres clients, la serveuse (qui était, ma foi, assez appétissante)... mais rien n'y faisait. Rien ne pouvait lui faire oublier cette fille qui avait, l'espace d'un instant, amusé son esprit et titillé sa curiosité.
Elle n'était pas sensée se trouver là. C'était une fourmis, il en était certain. Elle était comme un paradoxe, une erreur, un bug de la matrice... O, bon Dieu, le voilà qui se mettait à penser comme un geek attardé. Il était plus que temps de reconnecter avec la réalité.
L'air de rien, il prit son portefeuilles, l'ouvrit... il rendit compte qu'il venait de confondre son portefeuilles avec son agenda électronique.
Il remit celui-ci dans sa poche, fit bien attention, cette fois-ci, à prendre son portefeuilles. Il en sortit une poignée de billets qu'il posa sur la table et se leva, près à quitter le bar d'un pas assuré.
Mince, son portefeuilles. Il fit demi-tour, récupéra celui-ci qu'il avait oublié sur la table et fit de nouveau mine de quitter le bar d'un pas assuré.
Mince.... son sac.
Il fit de nouveau demi-tour, récupéra son sac et fit, cette fois-ci, pour de bon, mine de quitter le bar d'un pas assuré... assuré... assuré !... assur...
Sans même s'en rendre compte, il s'arrêta net près de l’ascenseur.
-Dignité : 0/1000.
Mais pourquoi une simple fille au look un peu décalé par rapport à son monde le perturbait autant ?
-Quelles gamineries ! Pensa-t-il.
Il fit de nouveau un pas, puis deux... puis s'arrêta de nouveau.
-Pffffffff....
Il eut un soupir.
D'un œil discret, il jeta un coup d’œil à sa montre. Il lui restait un peu de temps.
-Bon après tout, se dit-il, pourquoi ne pas tenter de résoudre ce mystère ?
Sans rien dire, il fit volte-face, fila en direction de la table de la jeune femme, posa son sac, s'assit sur la banquette qui lui faisait face et fit un signe de la main à la serveuse.
Comme il sentit que l'inconnue était sur le point de lui dire quelque chose, il leva le doigt comme pour lui demander de se taire.
-Ne dites rien. La coupa-t-il. Je peux deviner par moi même.
Puis, la scrutant à nouveau, il commença :
-20... 22... non, 23 ans. Vous n'êtes pas une escorte parce que sinon... et bien, vous seriez mieux habillée. Vous êtes étudiante peut être... en vacance... ou alors vous ne travaillez que la nuit. Vous n'êtes pas de ce milieu. Vu votre façon de vous comporter c'est assez évident. Et vous n'êtes pas non plus une nouvelle riche parce que sinon vous auriez commandé autre chose que...
Il jeta un œil à sa tasse.
-Qu'un chocolat.
Il eut un petit sourire.
-Vous attendez quelqu'un... non, vous n'attendez personne. Parce que si vous attentiez une personne habituée à ce genre d'endroit, il s'agirait forcément de quelqu'un d'un statut social plus élevé que le votre et donc vous auriez très probablement fait un effort de présentation. Si vous attendiez quelqu'un étranger à ce genre de monde, il vous aurez, tout simplement, donné rendez-vous ailleurs. Vous ne travaillez pas ici, parce que, auquel cas, votre patron ne vous laisserais jamais boire un verre en salle. O... et j'oubliais : les baskettes, elles indiquent que vous êtes sortie pour marcher. Le fait que vous ayez attaché vos cheveux montre bien, en outre, qu'ils vous gênaient pendant que vous étiez en train de vous promener. Vous avez donc marché un petit moment. Très probablement au hasard.
-Monsieur ?
Kokuro reporta son attention sur la serveuse qui venait de le haranguer.
-Un autre scotch s'il vous plaît.
-Très bien.
La jeune femme les laissa seuls.
-Attendez... continua Izumi sans savoir si la jeune femme avez ou non l'intention de l'interrompre. Laissez-moi continuez. Vous vous êtes donc rendu dans ce bar très visiblement au hasard, pourtant vous y semblait étonnement à l'aise. Comme si vous étiez habituée, soit à vous livrez aux autres dans votre intégralité et sans complexe, aucun, soit à côtoyer une clientèle assez aisée. Je dirais donc une strip-teaseuse... ou une danseuse... ce qui explique aussi l'état de vos baskettes. Elles sont usées parce que vous avez souvent besoin de faire de l'exercice pour vous maintenir en forme.
-Et voilà monsieur.
La serveuse déposa, sur la table, le verre de scotch qu'Izumi avala d'une traite. Ce légère effort intellectuel semblait l'épuiser plus que de coutume.
-Vous êtes trop classe pour être une strip-teaseuse. Ou alors trop banale. Pas assez désespérée. Et puis... comme l'indique la bretelle de votre soutient-gorge, vous aimez plutôt tout ce qui est classique. Et, détail important, vous n'avez pas, sur la peau, de trace de ces espèce de paillettes dégueulasses dont elles s'enduisent tout le temps. Je dirais donc plus : danseuse.... en centre-ville... dans un bar... non, dans un club privé... non, non, dans un bar. Un bar, accueillant une clientèle plutôt aisée... MAIS PAS TROP. Parce que sinon, lorsque vous vous seriez rendue compte du genre de personnes qui fréquentent ce établissement, vous vous seriez aussitôt ravisée... parce que, vu que vous êtes entrée ici... par hasard... et vu que... avant cela, vous étiez en train de vous balader. Seule, qui plus est. Tout semble indiquer que c'est votre jour de congé ou, au moins, vos heures de pause. Il est donc peu probable que vous vous soyez attardée dans un endroit où vous auriez pu croiser votre patron ou vos clients habituels...
En finissant son verre, il ajouta :
-Vous vouliez avoir la paix.
Le jeune homme plongea son regard dans celui de l'inconnue. Il eut un grand sourire.
-Dites moi, sur une échelle de 1 à 10, à quel point est-ce que j'ai raison ?
Puis, se ravisant, il ajouta :
-Non, non, non... Je sais que j'ai raison. Répondez plutôt à une toute petite question de rien du tout et après je vous laisse tranquille :
-Pourquoi ici. Enfin, je veux dire : vous êtes peut être entrée au hasard mais, il n'empêche que vous êtes restée. Et l'endroit ne semble pas être dans vos habitudes alors... pourquoi ? Qu'est-ce qui vous a tant plu ici ?
Izumi leva la main, comme pour rappeler la serveuse.
A l'adresse de la jeune danseuse, il ajouta :
-Commandez ce que vous voulez, c'est pour moi.
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MessageSujet: Re: Un instant loin du monde [pv. Sheryl McDones]   Mar 23 Avr - 8:44


« Un instant loin du monde »


Stupéfiant. Non pire. Merveilleux. Elle n'avait jamais connu un jeune homme aussi complexe que lui et aussi insignifiant en même temps. Pire. Il semblait même avoir un air de psychopathe. Revenons-en plutôt au début..

Une fois. Deux fois. Trois fois. C'était le nombre de tour que le jeune homme avait effectué avant même de quitté la pièce. Sheryl était-elle la seule à remarquer cela? Visiblement oui, toute la petite populace était trop occupée à faire attention uniquement à sa petite personne pour voir qu'il n'y avait qu'un homme, semblait étrangement déboussolé, qui partait et revenait sans cesse dans le but de récupérer des effets personnels. Même les serveurs n'y prêtait pas attention. Était-ce un spectacle qui lui était uniquement destiné ? La jeune femme le savoura donc avec plaisir et délectation, voyant que sa tasse était visiblement vide, elle fit la moue. Elle aurait aimée avoir quelque chose à boire pour couvrir son sourire de la maladresse du jeune homme, c'était évident. Pourtant, rien ne s'offrait à elle, alors, lorsqu'elle remarqua qu'il était parti pour de bon, la demoiselle s’apprêta à se lever pour quitté ce lieu, aussi étrange que les personnes qui le fréquentait. Alors qu'elle dirigea son regard vers la sortie, elle vit l'étrange jeune homme venir à elle, d'un pas décidé.

C'était donc elle, la cause de ces soucis? La jeune femme haussa un sourcil. Se posant beaucoup de questions, elle se relâcha de toute façon, ayant du temps à perdre. Voulant lui demander la raison de sa venue à elle, elle fut interrompu par un doigt devant ses yeux qu'elle regarda attentivement, avant de reposer ses prunelles sur l'individu, d'un air sérieux. Il venait vraiment de lui couper la parole, alors que c'était lui qui s'était installé ici ? Amusée, la demoiselle se calma donc, faisant exception pour le jeune homme, uniquement parce que ce costume ne lui allait pas du tout.

-20... 22... non, 23 ans. Vous n'êtes pas une escorte parce que sinon... et bien, vous seriez mieux habillée. Vous êtes étudiante peut être... en vacance... ou alors vous ne travaillez que la nuit. Vous n'êtes pas de ce milieu. Vu votre façon de vous comporter c'est assez évident. Et vous n'êtes pas non plus une nouvelle riche parce que sinon vous auriez commandé autre chose que... Qu'un chocolat. Vous attendez quelqu'un... non, vous n'attendez personne. Parce que si vous attentiez une personne habituée à ce genre d'endroit, il s'agirait forcément de quelqu'un d'un statut social plus élevé que le votre et donc vous auriez très probablement fait un effort de présentation. Si vous attendiez quelqu'un étranger à ce genre de monde, il vous aurez, tout simplement, donné rendez-vous ailleurs. Vous ne travaillez pas ici, parce que, auquel cas, votre patron ne vous laisserais jamais boire un verre en salle. O... et j'oubliais : les baskettes, elles indiquent que vous êtes sortie pour marcher. Le fait que vous ayez attaché vos cheveux montre bien, en outre, qu'ils vous gênaient pendant que vous étiez en train de vous promener. Vous avez donc marché un petit moment. Très probablement au hasard.


Il fut interrompu par la serveuse, ce qui laissa un moment pour Sheryl de caché sa stupeur. Ce jeune homme la suivait-elle ? Avait-il fait des recherches sur elle ? C'était peut-être un psychopathe, qui sait. Pourtant, c'était assez étrange et envoutant à la fois, la manière dont il parlait d'elle. La demoiselle avait l'impression que dans sa bouche, elle était quelqu'un de beaucoup mieux que ce qu'elle était réellement. Il reprit la parole, laissant toujours Sheryl dans ses songes.

-Attendez... Laissez-moi continuez. Vous vous êtes donc rendu dans ce bar très visiblement au hasard, pourtant vous y semblait étonnement à l'aise. Comme si vous étiez habituée, soit à vous livrez aux autres dans votre intégralité et sans complexe, aucun, soit à côtoyer une clientèle assez aisée. Je dirais donc une strip-teaseuse... ou une danseuse... ce qui explique aussi l'état de vos baskettes. Elles sont usées parce que vous avez souvent besoin de faire de l'exercice pour vous maintenir en forme. Vous êtes trop classe pour être une strip-teaseuse. Ou alors trop banale. Pas assez désespérée. Et puis... comme l'indique la bretelle de votre soutient-gorge, vous aimez plutôt tout ce qui est classique. Et, détail important, vous n'avez pas, sur la peau, de trace de ces espèce de paillettes dégueulasses dont elles s'enduisent tout le temps. Je dirais donc plus : danseuse.... en centre-ville... dans un bar... non, dans un club privé... non, non, dans un bar. Un bar, accueillant une clientèle plutôt aisée... MAIS PAS TROP. Parce que sinon, lorsque vous vous seriez rendue compte du genre de personnes qui fréquentent ce établissement, vous vous seriez aussitôt ravisée... parce que, vu que vous êtes entrée ici... par hasard... et vu que... avant cela, vous étiez en train de vous balader. Seule, qui plus est. Tout semble indiquer que c'est votre jour de congé ou, au moins, vos heures de pause. Il est donc peu probable que vous vous soyez attardée dans un endroit où vous auriez pu croiser votre patron ou vos clients habituels...

Soupirant, la demoiselle se demandait vraiment quand il aurait finit de la décrire, si bien que ce jeune homme était charmant, la situation était plus ou moins stressante pour la demoiselle. Elle regarda le jeune homme boire son verre, d'un coup sec, pour finir par essayer de re-boire dedans, ne se souvenant visiblement plus qu'il l'avait déjà fini. Cela ne le perturbait pas vraiment, visiblement. Un alcoolique convulsif. C'était surement cela.

- Vous vouliez avoir la paix.

Bien, il avait vu juste, encore une fois. Cette conversation commençait vraiment à devenir inappropriable et encore plus, inhabituel. Alors que la demoiselle se demandait vraiment quel idée de jeu elle avait eu, il ne lui laissa pas le temps de partir en courant, même si son regard essayait de chercher les issues les plus proches.

-Dites moi, sur une échelle de 1 à 10, à quel point est-ce que j'ai raison ? Non, non, non... Je sais que j'ai raison. Répondez plutôt à une toute petite question de rien du tout et après je vous laisse tranquille : Pourquoi ici. Enfin, je veux dire : vous êtes peut être entrée au hasard mais, il n'empêche que vous êtes restée. Et l'endroit ne semble pas être dans vos habitudes alors... pourquoi ? Qu'est-ce qui vous a tant plu ici ?

Haussant les sourcils, le questionnant visiblement si elle avait le droit à la parole, il semblait après quelques minutes d'attente, que oui. Doucement, elle savoura ce silence devant ce jeune homme, un poil prétentieux et trop sûr de lui.

- Madame?

La serveuse venait, regardant la jeune femme aux cheveux roses d'un sourire étrangement faux. Il ne fallut pas longtemps à la demoiselle pour savoir à quoi elle pensait. C'était inhabituel autant pour elle que pour moi, qu'un homme vêtu d'un costard offre un verre à une .. Comment l'avait-il déjà appelé? Strip-teaseuse.
Regardant un instant le verre vide de celui qui lui en proposait un, elle se permit de prendre commande pour lui également.

- « Deux scotch. »

La serveuse acquiesça et disparue. Jouant avec sa cuillère, Sheryl finit par regarder dehors et répondre enfin à la question du jeune homme.

- « La vue. »

Finit-elle par lâcher. Ce n'était pas de celle de dehors dont elle parlait, mais qui aurait pu le deviner. Notre médium ici présent? Elle parlait de lui, évidemment. C'était d'ailleurs assez drôle, la situation. Finissant par soupirer de nouveau, elle regarda avec un sourire radieux l'individu.

- « Sheryl. Sheryl McDones. Tu as oublié cela, dans ton compte rendu, Mr le Stalker. »

C'était une mignonne petite pique, tout autant qu'elle se permettait de le tutoyer. Prouvant ainsi qu'il avait juste, quasiment sur toute la ligne, mais ne voulant pas entrez dans les détails, elle se tais sur ceux-ci. Il était inutile de dévoilée trop de choses, inutiles pour des inconnus, même si sa vie semblait beaucoup affecté le jeune homme, au point qu'il la détaille à ce point. C'était assez frustrant, mais elle essayait de ne pas le montrer. Fixant les prunelles du jeune homme, elle posa ses mains sur celles de celui-ci, sans se poser de questions. D'un air amusé, elle ferma les yeux et lui dit, faisant mine de ce concentrer.

- « A mon tour. Ce costume te va affreusement mal. J'en déduis qu'à la base, tu n'étais pas du tout fait pour ce métier, ou tu ne l'aimes pas. Je déduis aussi que pour être venu parler à une femme qui visiblement ne fait pas partie de ton monde, tu dois être soit absolument au bord du suicide, soit avec une grande envie de changer d'air quelques temps. Je penche plus pour la deuxième solution. »

Ouvrant un oeil, elle voulait voir les expressions du visage du jeune homme. Puis, le refermant, elle continua pour ne pas qu'il prenne la parole, en se mordillant la lèvre.

- « Tu es frustré, surement au travail ou dans une relation qui ne te convient pas, c'est pourquoi tu te poses trop de questions et surtout.. »

La jeune femme ouvrit les yeux et déposa un baiser furtif sur la joue de l'individu, lâchant ses mains et s'affalant de nouveau dans sa chaise. Elle aurait bien besoin d'une cigarette.

- « Si tu restes dans cette situation, alors que tu en souffres ou qu'elle ne te convient pas, c'est que tu dois avoir une certaine morale ou bien que des gens comptes sur toi. »

Elle regarda furtivement le jeune homme, puis la serveuse refit son apparition. Posant les deux verres sans un mot, peut-être un sourire et reparti aussi sec, ne voulant visiblement pas nous interrompre.

- « Moi aussi, j'ai une question. J'ai surement tout faux, mais.. Pourquoi être venu me parler?»

C'était urgent, une cigarette était imminente. Surtout dans des situations où elle s'aventurait sans vraiment savoir les choses, ni le destin que cela impliquait. Elle ouvrit son sac, sortie son paquet de cigarette et le posa sur la table. Avait-on le droit de fumer ici ? Surement pas. Tant pis, ce n'était pas si grave que cela, après tout. Elle ouvrit doucement la fenêtre, allumant discrètement celle-ci puis passa sa main à la fenêtre. Tout d'un coup, c'était beaucoup mieux mais cela ne suffisait pas. Elle était en manque et ses légers tremblements, perceptibles que par elle actuellement, allait être bientôt visible. Jetant un oeil à son sac ou était disposé gentiment ses petites roulées, la demoiselle hésita un instant puis éteignit sa cigarette sur la table, sans prendre le temps d'en fumer un petit peu. Il fallait qu'elle sorte et vite.

- « Je suis désolé, je ne peux hélas pas... »

Sa parole se coupa quand deux policiers entrèrent dans le bar. Il manquait plus que cela. La jeune demoiselle se rassit pour ne pas attirer leur attention, plus que d'ordinaire avec sa couleur rose. Regardant par la fenêtre, elle pensa un instant que finalement,c'était une très mauvaise journée.

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MessageSujet: Re: Un instant loin du monde [pv. Sheryl McDones]   Jeu 25 Avr - 4:46

Spoiler:
 

Ces quelques minutes d'attente furent comme trois points de suspension.
Venant de finir sa longue tirade, arrivant à bout de son effort intellectuel, Kokuro concentra son regard sur les lèvres de la jeune femme.
Deux lèvres parées d'un glosse rose discret. Deux lèvres que l'on avait tout fait pour mettre en valeur mais qui paraissaient pourtant si naturelles, si vierges, si immaculées.
Deux lèvres jeunes et pulpeuses.
Deux lèvres d'enfant.
Izumi est un sourire.
Un instant, elles firent minent de s'ouvrir, révélant deux incisives aux contours tranchants. Deux dents à l'apparence superbe, à la blancheur envoûtante, presque trop parfaite pour être authentique.
Puis, leur prison se referma violemment sur elles. Les emprisonnant dans un curieux mutisme.
La jeune femme s'était ravisée.
A quoi pensait-elle ?
Réfléchissait-elle à sa réponse ? Attendez-t-elle la permission de parler ? Cultivez-t-elle le mystère ?
Kokuro ne voulut même pas y réfléchir.
Tout ce qu'il savait, c'est qu'il était désormais face à deux lèvres closes qui refusaient de lui livrer leur secret. Comme un mur étrange dressé en travers de la route menant à l'inconscient de l'étrange inconnue.
Comme trois points de suspension...
Deux lèvres, dans un costume rose pâle, qui le fixaient avec insistance et qui semblaient le juger.
Un silence.
Un silence long, très long, trop long.
Un silence insupportable. Un silence qui faisait mal. Un silence strict, hautain, intolérable. Une insulte ! Un silence qui rend fou d'impatience. Un silence qui ravie tout sens de jugement, qui suspend l'inconscient à l'instant lui même suspendu ici, quelque part dans l'infini d'une réalité brumeuse.
Un silence, ininterrompu. Éternel...
Comme trois poids de suspension.
Un silence que l'on veut faire taire un tout prix. Un silence trop bruyant. Un silence éreintant. Un silence...
Comme trois points de suspension.
Un silence.
Trois points de suspension.


-Puis-je prendre votre commande madame ?
Demanda la serveuse que Kokuro ne se souvenait même plus d'avoir appelée.
-Deux scotchs. Répondit l'inconnue.
Deux scotchs ?
Izumi se demanda un instant si la jeune femme venait de commander pour lui ou si elle avait l'intention de boire elle même les deux verres.
C'était là un détail sans importance.
D'un signe de la tête, le jeune homme pria la serveuse de s'en aller et concentra, à nouveau, l'essentiel de ses forces dur son hôtesse.
Il ne voulait pas que le silence impassible de celle-ci ne dure une seconde de plus.
Alors, il tenta de prendre l'initiative :
-J... commença-t-il.
Mais au même instant, la voix autoritaire de la danseuse lui coupa la parole et décréta, l'air de rien :
-La vue.
La vue.
Un sourire se dessina sur le visage du jeune homme.
La vue...
Il retint presque un rire.
-Comment... pourquoi la vue ? Se demanda-t-il intérieurement.
Était-elle, elle aussi, intéressée par la façon dont les gens d'en haut voyaient ceux d'en bas ? Ou alors se perdait-elle simplement dans le tableau bleu d'azur qui se peignait de l'autre côté de la baie vitrée ?
Izumi jeta un coup d’œil au dehors.
-La vue... pensa-t-il. Alors toi, tu es vraiment quelqu'un d'intéressant.
Mais là, il se produit quelque chose à laquelle le garçon ne s'attendait pas. Alors qu'il reportait son attention sur sa table, il remarqua que la jeune femme était en train de lui sourire.
Elle était là, devant lui, ses yeux posés dans les siens, la bouche en cœur, telle une adolescente.
Et alors, un doute commença, très subtilement à s’insinuer dans son esprit.
La vue...
-Sheryl McDones. Décréta la jeune femme. Tu as oublié ça dans ton compte rendu monsieur le stalker.
-Oh, soupira intérieurement Izumi. Aucun intérêt. Pensa-t-il.
Il hésita un instant à se présenter mais, avant même qu'il ait l'occasion de le faire, il sentit quelque chose effleurer sa peau.
-Hin !
Il retint une exclamation de surprise et livra un regard dérouté à la jeune femme.
-A mon tour de jouer, décréta-t-elle avec, dans la voix, ce qui semblait être une pointe d'amusement.
Kokuro se résigna.
-Si tu veux. Pensa-t-il.
Ainsi il fit silence et attendit que l'inspiration vienne.
-Ce costume te va affreusement mal. J'en déduis qu'à la base, tu n'étais pas du tout fait pour ce métier, ou tu ne l'aimes pas. Je déduis aussi que pour être venu parler à une femme qui visiblement ne fait pas partie de ton monde, tu dois être soit absolument au bord du suicide, soit avec une grande envie de changer d'air quelques temps. Je penche plus pour la deuxième solution.
-Moui, pensa Kokuro pas très convaincu.
Au moins avait-elle raison sur l'envie de changer d'air.
-Tu es frustré, continua la jeune femme. Sûrement au travail ou dans une relation qui ne te convient pas, c'est pourquoi tu te poses trop de questions.
-Allons bon, pensa Izumi en affichant un visage las. Rien de faut dans le fait de dire que ma relation avec Sayumi n'est pas à l'image du fantasme que nous livre l’imaginaire collectif sur ce que doit être l'amour. Mais de là à penser que cela me frustre... Non. Définitivement pas. Les prostituées que je fréquente m'apportent toute l'attention dans j'ai besoin et puis, à quoi bon dire à un salaryman japonais qu'il est blasé par son travail et qu'il ne s'épanouit pas dans son couple ? Ce n'est là qu'un cliché. Cliché dont je suis l'antithèse d'ailleurs.
-Et surtout... poursuivit la jeune fille...
Kokuro ouvrit grands ses oreilles. Peut être enfin quelque chose d'intéressant...
Mais pour toute réponse, Sheryl ouvrit les yeux et déposa un baiser furtif sur la joue de l'individu, lâchant ses mains et s'affalant de nouveau dans sa chaise.
-Ces occidentaux et leur manie du contact physique ! Pensa Kokuro.
-Surtout, reprit la jeune femme, si tu restes dans cette situation, alors que tu en souffres ou qu'elle ne te convient pas, c'est que tu dois avoir une certaine morale ou bien que des gens comptent sur toi.
Et on y était ! Le golden d'or de la psychologie de super-marché était enfin atteint ! Merci Oprah Winsfrey...
Mais le jeune homme n'eut pas envie de gâcher la conversation.
Il adressa, à l'autre, un sourire avant de lui lancer avec condescendance :
-Incroyable... Au moins 9/10...

Tandis que la serveuse fit une nouvelle apparition afin de leur apporter leurs verres, Kokuro reporta son attention sur les lèvres de la dénommé Sheryl.
Cette dernière était désormais en train de s'allumer une cigarette. Elle coinça le filtre de celle-ci entre ses dents et dès lors, la fumée, magnifique nuée brumeuse, commença à emplir sa bouche. Elle en fit le tour, pénétra sa gorge au grès de sa respiration saccadée, avant de reparaître dans un souffle, de quitter son antre magnifique et de s'envoler gracieusement jusqu'à ses narines.
-Belle Sheryl, pensa Kokuro. Tu es si magnifique quand tu te tais. Quel dommage que Dieu t'aie doté de parole...
L'étudiant attrapa son verre et bu avec amertume.
Trois verres en moins d'une demie-heure ? S'il n'était pas déjà bourré cela risquait d'arriver vite.

Sheryl ôta sa cigarette de sa bouche et, à ce moment là, Izumi remarqua à quel point ses doigts se crispaient sur celle-ci.
Tout en sirotant son verre, il l'observa avec délectation.
Elle jetait d'étranges regards autour d'elle et semblait perdue dans ses pensées.
Elle était stressée. Pourquoi ? L'intervention du jeune homme l'avait-elle mise si mal à l'aise ?
Pourtant, elle s'était efforcée de lui afficher un visage serein et plein d'assurance.
Alors pourquoi ?
-Moi aussi, j'ai une question. Lança-t-elle. J'ai sûrement tout faux, mais.. Pourquoi être venu me parler?
-Tu l'as dit toi-même : besoin de changer d'air...
Dit-il sur un ton absolument monotone et sans la lâcher du regard.
Elle semblait de plus en plus tendue.
De plus en plus mal à l'aise.
Un tel changement de comportement.
Il y avait encore deux seconde, Kokuro aurait ajouté : « malheureusement, tu ne m'as pas assez diverti pour avoir droit à mon attention ». Et il serait parti aussitôt. Cela dit, le changement interne qui semblait être en train de s'opérer au sein de la jeune femme titillait sa curiosité.
Sans ajouter mot, il s'alluma lui-même une cigarette et apprécia le spectacle de cette fascinante énigme.
-Allez. Pensa-t-il. Donne moi un indice... Ne me laisse pas comme ça... Explique moi ce qui te perturbe tant...

Kokuro avait planté ses yeux sur Sheryl qu'il observait avec délectation.
Le spectacle que lui offrait la jeune femme qui semblait de plus en plus perdre son assurance le divertissait au plus au point.
-Allez ! Avait-il pensé. Dit moi ce qui se passe... Donne moi un indice...
Celle-ci continuait de fumer l'air de rien. Voulant afficher un visage des plus imperturbable.
-Allez ! Se redit Izumi intérieurement. DIS MOI BON SANG, MAIS DIS MOI CE QUI SE PASSE !
La jeune femme, comme prise de court, eut un soupire avant d'écraser sa cigarette sur la table et de jeter un coup d’œil à son sac.
Ce simple regard sembla comme la détendre.
-Son sac ! Pensa Izumi. Oui, c'est ça, il y a quelque chose dans son sac. Mais quoi !
-Je suis désolée. Dit précipitamment la jeune femme. Je ne peux hélas pas...
-Non ! Pensa Izumi. Tu ne vas pas partir.
Puis, en serrant les dents, il se dit à lui-même :
-Pas avant de m'avoir livré tes secrets ! Sheryl McDones, je retire tout ce que j'ai pu penser. Tu m'amuses. Tu m'amuses même beaucoup. Tu es... comment dire ? Ma bouffée d'air de la semaine. Tu es ma proie ! Alors maintenant que je te tiens, il est hors de question que je te laisse t'en aller avant de m'être pleinement amusé avec toi !
Izumi était sur la point de se lever afin de la convaincre de rester. Mais, sans crier gars, la jeune fille se rassit.
-Tiens !
Izumi ne comprit pas tout à fait pourquoi un tel revirement de situation.
Ou, du moins, il ne le comprit pas tout de suite. Il fallut pour cela qu'il jette un regard en direction de l'entrée.
Là, tout près de ascenseur se tenaient deux policiers habillés de leur traditionnels pantalons bleu marine et de leurs chemisettes azures. Ils portaient leurs képis, leurs armes étaient à leurs ceintures, mais leurs mains étaient nues. L'absence de leurs gants blancs semblaient indiquer qu'ils venaient tout juste de finir leur service. Ayant du temps à perdre, ils étaient très probablement venu ici pour s'envoyer un verre avant de rentrer. C'était assez étrange qu'ils aient décidé de faire cela dans un bar aussi classe. Peut être l'un d'entre eux ou même les deux étaient des fils de riches ou des amis du patron. Ou alors il trempaient dans un trafic impliquant celui-ci. Dans tous les cas, ils seraient très probablement en clin à rendre service à l'un des riches clients de cet établissement. Izumi le savait. Il pourrait s'en servir à son avantage.

Le jeune homme reporta son attention sur Sheryl.
Il l'a vit mettre la main sur son sac, comme pour le protéger et tenter de se fondre dans le décor, en s'efforçant, plus que possible de paraître naturelle.
-Trop tard. Pensa le jeune homme. Je t'ai vue. Et j'ai très envie de savoir de quoi il en retourne...
Il adressa à son hôtesse un large sourire. Un sourire charmant. Un sourire charmeur. Un sourire... carnassier.
-On va bien s'amuser Sheryl, pensa-t-il, tu va voir.
Puis, tout en levant la main, il s'exclama :
-Officiers !
Il était toujours en train de sourire. Ses yeux étaient plantés dans ceux de la jeune femme.

-Officiers !
Avait hurlé Kokuro en levant le bras.
Aussitôt, une pluie de regards s'était abattus sur sa table.
La jeune femme ne pouvait plus fuir. C'était parfait ! Vraiment... parfait !
Kokuro prit la main de Sheryl avant de tourner la tête vers les deux policiers et de répéter :
-Officiers, s'il vous plaît.
Le bruit des mocassins des agents de police raisonna dans tout le bar.
Le premier des deux hommes à arriver à leur hauteur fut un petit jeune d'à peu près une trentaine d'années, aux traits fins et tirés.
Il fut bientôt rejoint par un vieil homme au visage rond.
-Officier Suzuki, dit le jeune homme. Et voici mon collège : l'officier Yamazaki. Je peux vous aider monsieur ?
-Suzuki. Répéta Kokuro. Puis, à l'adresse de Sheryl, il ajouta :
-Tu entends ça chérie ? Comme les motos ?
-Il n'y a aucun lien, précisa la policier.
-O, quel dommage. Il tira sur sa cigarette et ajouta :
-Mon cabinet couvre l'entreprise.
-Vous êtes avocat ?
-Oui, en centre ville.
-Bien... répondit le jeune homme un peu troublé.
-Et que pouvons-nous faire pour vous maître ? Demanda l'agent Yamazaki un peu perplexe.
-Désolé, reprit Izumi en lâchant la main de la jeune femme, j'oubliai le principal.
Il tira une dernière fois sur sa cigarette avant de l'écraser dans un cendrier et de sortir son portefeuilles de sa veste.
-Ma femme et moi avons trouvé un sac dans le métro et nous avions pour intention de le déposer au poste de police le plus proche mais, malheureusement, nous avons un vol pour Tokyo en fin d’après-midi et nous n'aurons très probablement pas le temps d'y aller par nous même.
Sur ce, il sortit de son portefeuilles deux billets de 10 000 yens. Il en tendit un à Suzuki et l'autre à Yamazaki.
-Dites moi, messieurs, mon sens civic m'empêche de l'abandonner dans la rue ou à un inconnu mais, puisque vous êtes policiers, est-ce que vous voulez bien vous charger de le garder avec vous et de le déposer aux objets-trouvés de votre poste de police le plus tôt possible ? Vous nous rendriez vraiment un fier service.
Il tourna la tête vers Sheryl et en lui souriant, il lui lança :
-N'est-ce pas mon cœur ?
Les deux policiers hésitèrent un instant.
Ce fut le plus vieux qui accepta le premier le billet.
-Et bien, dit-il. Il faudrait plus de citoyens comme vous monsieur.
-O, voyons, répondit Izumi. C'est bien naturel.
Suzuki accepta à son tour l'argent avant d'adresser un sourire au couple.
-Et bien, madame, demanda Yamazaki. Donnez le nous, c'est bon. Nous allons en prendre soin pour vous en attendant qu'il retrouve son propriétaire.
-Deux agents si peu scrupuleux. Pensa Izumi. Deux raclures de la plus basse espèce qui acceptent de l'argent pour faire ce qu'un policier normal aurait très probablement accepté gratuitement. Tu m'étonnes qu'ils veulent bien de nous rendre service.
Izumi fit mine de poser un baiser sur la joue de Sheryl et, se faisant, il glissa à son oreille :
-Si tu veux mon avis, mon amour, ils ne sont même pas malins au point d'attendre d'être sortis du bar pour examiner le contenu de ton sac.
Il se rassit à sa place et, dans un sourire, il dit à voix haute :
-Vas-y cherie, donne leur. Ces messieurs te disent qu'ils vont s'occuper de tout.
-Oui. Se dit le jeune homme à lui même. Donne le leur. Parce que je brûle de savoir ce qu'il contient.
Il y eut un léger silence, puis le main de Suzuki se tendit en direction de Sheryl :
-Alors !
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MessageSujet: Re: Un instant loin du monde [pv. Sheryl McDones]   Jeu 25 Avr - 22:53


« Un instant loin du monde »

Spoiler:
 


Cela ne faisait même pas dix minutes que la demoiselle était avec le jeune homme, celui-ci se permettant déjà d'intervenir dans ses affaires à elle. L'avait-elle seulement fait, ou penser? Avait-il eu la moindre idée de ce qu'il était entrain de faire ? Alors que le visage de la demoiselle se décomposait au fur et à mesure que les pas des officiers se rapprochaient, elle se disait intérieurement que si les choses tournaient mal, elle emmènerait l'individu avec elle, coûte que coûte. Quoi qu'il en soit, cela faisait maintenant plusieurs secondes que son cœur s'était arrêté de battre, son visage ne montrait pourtant toujours rien, bien qu'il avait un peu perdu de ses couleurs.

Son regard.
Son sourire.
Impossible
Le contact de sa main.
Il ment.
Ses mots doux.
Ils mentent tous. Les hommes sont tous faux.
Mais..
Il joue avec toi.

Il voulait jouer ? Elle allait jouer, aucun problème pour la demoiselle en question. Faisant abstraction des officiers, elle se mit dans son rôle. N'ayant jamais pensée à être artiste, elle se contenta de ses talents naturels de séductrice pour s'imprégner du nouveau rôle improvisé qu'on lui avait choisi. Non pas qu'il lui déplaisait, au contraire, être la femme d'un avocat, autant s'y plier, pourtant le métier du jeune homme intéressa fortement la demoiselle. Alors, il était vraiment de ce monde. Étrange. Et les choses allaient en s'empirant. N'osant dire un mot, seulement hochant la tête quelques fois, souriant, comme toutes bonnes épouses, il n'en restait pas moins que le cerveau de la jeune femme était entrain d'exploser littéralement à chaque parole, chaque mot qui sortait de la bouche de cet inconnu. Elle fumait, cumulant les paroles, les verbes, les noms et même les déterminants se posant devant ceux-ci, au point finir par vouloir sauter par la fenêtre, ce qui laissait étrangement sa conscience perplexe, pour le coup.

Une fois la discussion, à son insu, terminée, les deux officiers se tournèrent vers la demoiselle. Son sac? Il était sérieux, lui ? Son sac. Celui qu'elle s'était offert -l'un des rares d'ailleurs- dont elle disposait. De plus, avec son contenu, il était clair que c'était le sien. Portefeuille, de la monnaie et de la drogue. Vraiment, il devait la détester à ce point. D'accord, elle aurait jamais du poser ses lèvres sur un bureaucrate, elle s'en doutait, mais de là à la livrer au officier. La jeune femme regarda le jeune homme dans les yeux, se mordit la lèvre. Hésitant un instant, elle n'avait pas beaucoup le choix. Si elle voulait profiter de l'effet de surprise, il était temps. Étrangement, ses yeux se tintèrent de peine. Une grande peine, dans laquelle on y voyait de la sincérité alors qu'elle regardait droit dans les yeux le jeune avocat en face d'elle. Remuant les lèvres, un "merci" ironique s'y voyait, pourtant sans qu'aucun son ne sorte.

D'un geste sec, Sheryl prit son verre encore plein et le jeta, liquide compris, sur l'officier qui se tenait devant elle. Celui-ci, surpris, recula de quelques pas, ce qui laissa le champ libre à la demoiselle, du moins, les quelques mètres pour atteindre l'ascenseur. Se levant d'un bond, agrippant son sac, elle lança un dernier regard sûre d'elle au jeune homme, puis se faufila à travers la foule, déjà entrain de commérer. Qu'importe, elle n'était pas de ce monde alors si cela les divertissait de parler sur son dos. Serpentant à travers les serveurs à une vitesse folle, manquant de renverser le plateau de quelques uns, elle atteignit l'ascenseur sans trop de difficulté, appuyant furtivement sur "Rez-de-chaussé". Un bruit strident, des voix d'hommes parlant fort et l'ascenseur se referma sur la demoiselle et le jeune homme, leur regard se recroisant pour la dernière fois.

Pendant le trajet, Sheryl essaya de calmer son coeur qui battait à tout rompre dans sa poitrine. Soufflant doucement, sa respiration se faisait de plus en plus lente le temps que l'ascenseur descende les étages, un à un, même si cela ne durait que quelques secondes, ce fut une éternité pour la demoiselle. Délit de fuite, pour vol d'un sac à main. C'était ce qu'elle risquait. C'était erroné, c'était son sac, à la fin ! Que cherchait ce petit avocat prétentieux? Savait-il seulement dans la mer** qu'il l'avait mise? Cela ne changeait pourtant pas du quotidien de la demoiselle. Fuite, face à la police, aux Hide et autres citadins désinvoltes, même si elle préférait la confrontation, face aux forces de l'ordre, inutile d'aller rejoindre son chef en prison, elle serait inutile là-bas. Une bruit strident retentit, la porte s'ouvrit.

Essayant de paraître naturelle, la jeune femme vérifia discrètement qu'elle était en avance sur les officiers, ce qui était le cas. Alors, d'un pas rapide, elle se hâta vers la sortie. Une fois dehors, elle souffla un grand coup. Voyant une foule affairée à ses occupations, sans se préoccuper du monde extérieur à leur bulle, c'était un bon point pour elle. Le vent caressa ses cheveux et elle décida de les détacher. Alors, la demoiselle se mêla à la foule ainsi pendant plusieurs longues minutes -lui paressant interminable- . Histoire de passer le temps, elle s'acheta une glace, paya le jeune homme qui était déjà fort occupé et pris au passage la monnaie qui trainait sur le coté du comptoir sans que celui-ci ne s'en rende compte, surement occupé avec les autres clients et clientes. C'était une habitude pour la demoiselle d'avoir le beurre, l'argent du beurre et le crémier avec. Souriante, elle avait presque oublié les officiers. C'était sans compter son regard qui ne quittait pas l'entrée du bar. Les officiers étaient devant, scrutant la foule. Mal à l'aise étrangement, elle décida qu'il était temps de partir. Avec de la chance, ceux-ci n'en ferait pas tout un plat et elle n'aurait pas à rester chez elle sans sortir durant des jours et des jours.

Marchant d'un pas précipité, sa glace finit, elle sortit de la foule vers l'Est de Kensei. Après tout, le métro devait être bondé lui aussi. C'était affligeant. Soudain, en face d'elle, des officiers. Ils ressemblaient étrangement aux anciens du bar, même si c'était impossible qu'il soit ici aussi rapidement. Pris d'un doute, elle décida tout de même de faire un détour et tourna à la première à gauche, sans savoir que c'était une petite ruelle sombre et étroite. Après les quelques mètres de calvaire, la demoiselle atterrit dans une petite cour, remplies de fleurs roses, bleues, jaunes et de plantes aussi belles les unes que les autres. Mais cela restait tout de même un cul-de-sac pour la demoiselle et rien d'autres. Grimaçant, elle voulut faire demi-tour. Cependant, lorsqu'elle tourna les talons, une silhouette plutôt mince était dans la petite ruelle sombre. Le manque d'éclairage dans celle-ci ne permettait pas de distinguer qui l'aurait suivi. Encore des ennuis. Décidément, la demoiselle allait surement avoir sa dose d'adrénaline pour la journée visiblement. Posant son sac contre un petit muret, elle resta devant celui-ci, le regard dur, aux aguets du futur agresseur. Ce battre, elle savait le faire et n'avait aucunement peur.

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MessageSujet: Re: Un instant loin du monde [pv. Sheryl McDones]   Dim 28 Avr - 4:07




3, 2, 1. Que le jeu commence !

La jeune femme jeta son verre au visage de Yamazaki (le plus vieux des deux officiers) qui, sous le coup de la surprise, recula d’un pas. Une clameur secoua le bar.
L’esquive du policier ne fut pas satisfaisante. Le verre vint se briser sur son nez, éraflant sa peau en plusieurs endroits.
-Qu’est-ce que ! S’exclama le vieil homme.
Suzuki porta la main à sa ceinture et tenta de s’emparer de son arme. Il était déjà trop tard.
Sheryl, la danseuse aux cheveux rose, s’était déjà élancée en direction de la sortie et évoluait désormais, de table en table, entre les serveurs.
-Ah ! S’exclama Izumi en bondissant. C’est pas vrai !
Il projeta de se lancer à la poursuite de la fuyarde mais une main déterminée le força à se rassoir.
Yamazaki, qui tentait de contenir de sa main l’hémorragie qui lui consumait la joue, s’était visiblement mis dans l’idée de lui barrer la route.
-Tu restes là toi ! Ordonna le policier.
Puis, à l’adresse de son collège, il maugréa :
-Qu’est-ce que t’attends toi ? Qu’elle t’invite ? Suis là !
Suzuki ne se fit pas prier et, dégainant son arme, il entama un sprint en direction de la sortie.

-Attention, s’écria un serveur à l’attention d’une vieille cliente au verre de saké qui venait de tenter de quitter sa table, son chien dans les bras, alors que la fuyarde était à son niveau.
Sheryl renversa, en passant, le plateau de l’employé qui bascula sur la vieille femme qui, pour éviter cette attaque surprise, se jeta sur sa chaise.
-Ohooo ! s’écria celle-ci paniquée.
Sheryl força sur ses appuies et accélérant le rythme, s’élança gracieusement entre deux autres serveurs qui tentèrent de lui barrer la route.
Suzuki courait comme un dératé. Au lycée, il n’avait jamais était très doué à la course. Et encore moins lorsqu’il était question d’obstacles.
Il évita, in extremis, le premier serveur et la vielle femme, qui se trouvaient sur son chemin, mais, se retrouvant alors presqu’au niveau de la danseuse, il se prit les pieds dans les pattes des deux employés qui avait tenté de faire barrage à cette dernière.
Il s’envola, resta un instant en l’air, chuta lentement, très lentement, puis s’explosa contre le parquet. Il leva la tête et, de là où il était, il crut presque voir la jeune femme sourire.
-A… arrêtez cette malapprise ! S’exclama la vieille femme au chien. Elle a trempé mon Nako !!! C’est une insulte !
Comprenant qu’il ne pourrait désormais plus la rattraper, l’agent Suzuki leva son arme dans sa direction, la mise en joue et hurla avec fougue :
-Arrêtez-vous !
Il y eut le bruit de la clochette de l’ascenseur, un sourire radieux, puis la porte se ferma.
Sheryl avait réussi à fuir.
-Arrrhggh ! Hurla l’agent Suzuki, plein de rage.
Il se leva d’un bon et fila en direction de la seule issue que posséder le bar.
-Les escaliers sont fermés ! Pensa le policier… Merde, je vais devoir attendre que l’ascenseur remonte.


3, 2, 1… A moi de jouer !


Izumi vit le sourire de la jeune femme juste avant que la porte de l’ascenseur ne se referme sur elle. Il vit son regard braqué sur lui.
Il tenta, à nouveau de se relever.
-Non, non ! s’exclama l’agent Yamazaki, la main posée sur son épaule. Vous, vous allez rester ici avec moi et vous allez répondre à quelques questions. A moins que vous ne vouliez que je vous emmène au poste.
L’assistant juridique dut refreiner une furieuse envie de lui envoyer un grand coup dans les valseuses et de prendre ses jambes à son cou.
A quoi bon.
Un homme vêtu d’un costume au rabais émergea de derrière le comptoir du bar et proposa une service à Yamazaki. Il s’agissait très probablement du patron de l’établissement. Le vieil agent de police accepta le tissu qu’il appliqua sur sa plaie avant de reporter son attention sur Kokuro.
-Qu’est-ce que c’est que tout ce manège, petit ? Tu vas tout de suite m’expliquer pourquoi est-ce que j’ai la joue à moitié défoncée !
-Ma femme fait de furieuses crises de paranoïa. Répondit Izumi du tac-o-tac. Alors maintenant laissez moi la rattraper ou je vous promets que je vous poursuit, vous et votre collègue, pour non-assistance à personne en danger !
Le patron du bar eut un regard inquiet.
Mais pour seul réponse, Yamazaki adressa à Kokuro un rire gras et plein d’arrogance.
-Tu penses vraiment que je vais avaler tes salades parce que tu portes un costume à 200 000 yens et que t’as un portefeuilles plein de billets ?
L’argent… voilà donc de quoi il était implicitement question.
-Tu sais combien ça va me couter pour faire soigner ça ? questionna le policier en pointant son index sur sa joue.
Izumi vida l’intégralité du contenu de son porte-monnaie sur la table.
-Voilà ! cracha-t-il. Vous me laissez passer maintenant ?
Yamazaki jeta un œil aux billets, un à Izumi, il se passa la langue sur la lèvre l’air pensif, puis répondit :
-Tu sais dans les combien ça va chercher une agression sur un agent des forces de l’ordre ? Surtout pour un jeune avocat soucieux de sa carrière.
-Pffff….
Kokuro eut un soupir.
-Bon, j’en ai marre. Pensa-t-il. Finit de jouer.
Le garçon examiner un instant les deux hommes qui se tenaient devant lui avant de lancer :
-Deux policiers qui se présentent dans un bar ultra-chic du centre-ville en plein milieu de la journée, arme à la ceinture alors qu’ils ont visiblement fini leur service ; qui semblent connaitre le patron de celui-ci qui, étrangement est au petit soin avec eux. Ca ressemble beaucoup à un joli petit raquette, à de la corruption ou à de l’extorsion de fond. Ca va chercher dans les combien ça ?
L’homme en costume recula d’un pas. Son visage se décomposait à chaque seconde. Yamazaki serra les dents.
-Je n’ai pas encore de preuves mais, ne vous en faites pas, mon cabinet se débrouille toujours pour en rassembler. Et vu les têtes que vous affichez, je suppose que je ne me trompe pas. Alors, vous me laissez passer maintenant, ou on continue à se lancer des menaces jusqu’à Noël ?
Le vieux policier porta la main à son arme. Les regards et les oreilles de tous les clients et de tous les serveurs étaient braqués dans leur direction.
-Yamaza !
Le flic se retourna et aperçut son collège, à l’autre bout de la pièce, en train de bloquer la porte de l’ascenseur avec son pied.
-Faut qu’on descende !
Le vieil homme reporta une dernière fois son attention vers l’étudiant avant de lancer à l’adresse du patron du bar :
-Toi, tu gardes mon argent.
Puis, à celle d’Izumi :
-Et toi, je veux bien laisser passer cette petite incartade mais je te préviens : si tu me suis, je te fous en taule.
Izumi eut un sourire.
Le policier fit volte-face et entama une course rapide en direction de la sortie.
Le patron du bar, pour sa part, commença à rassembler les quelques billets que Kokuro avait jetés sur la table tout en murmurant à celui-ci :
-Mon garçon, ces policiers ne sont pas parmi les plus tendres. S’il vous plait, calmez-vous.
Se calmer…


3, 2, 1. Deuxième acte !

Kokuro attrapa son sac, sauta presque par-dessus l’épaule du patron du bar et s’élança à la suite de Yamazaki.
-Qu’est-ce que ! S’exclama le policier tandis que les deux évoluaient à grand pas entre les clients, les serveurs et les plateaux renversés. Je croyais t’avoir dit de ne pas me suivre !
-C’est juste. Confirma Izumi entre deux expirations. Mais je ne vous suis pas… je vous précède !
Il força un peu plus sur sa dernière impulsion et prit la tête de la course.
L’autre ne se laissa pas faire.
-Tu peux toujours essayer ! Lança-t-il avec verve. Tu as devant toi un ancien champion inter-lycées de 500 mètres. Tu penses vraiment pouvoir le battre ?
-Si son titre date du début de l’ère Edo, oui.
Depuis l’ascenseur, Suzuki observa les deux hommes évoluer vers lui au coude à coude.
Il avait toujours son arme à la main. Mais il ne savait que faire. Il n’allait pas menacer un civil pour une simple histoire d’agression.
Finalement, il s’aperçut que son collège semblait prendre la tête. Sans hésiter, il appuya sur le bouton de fermeture des porte, supputant que si Yamazaki eut eu le temps de rentrer, se poursuivant n’aurait pas l’opportunité d’en faire de même.
Le vieil homme talonnait l’étudiant d’un bon pas.
-Xho ! Se dit intérieurement Izumi.
La porte de l’ascenseur était en train de se refermer. Bientôt, il n’y aurait plus qu’une seule personne qui aurait le temps d’y pénétrer.
Plus que deux pas. Plus qu’un pas…
Izumi attrapa l’épaule de Yamazaki et freina de toutes ses forces.
Cet acte fit ralentir ce dernier mais la puissance qu’il avait mise dans sa course projeta son agresseur en avant. Le garçon reprit alors appui au niveau du vieil homme, se retourna, utilisa la force de celui-ci pour l’envoyer valdinguer sur le côté et n’eut plus qu’à donner un coup de talon vers l’arrière pour se projeter à l’intérieur de l’ascenseur juste avant que la porte de celui-ci n’eut finit de se clore.
Il y eut un bruit de sonnette. L’engin démarra. Izumi se releva.
Mais alors qu’il s’apprêtait à souffler, il vit le canon d’un revolver se pointer dans sa direction.
Instinctivement, il mit ses mains en avant comme pour sommer de ne pas tirer et il recula d’un pas.
L’officier Suzuki avait son arme pointée droit dans sa direction.
-Vous… vous avez mis Yamaza à terre !
Izumi eut un sourire. Il comprit, presque instantanément qu’il ne craignait en fait pas grand-chose.
-Et alors. Lança-t-il d’un ton calme. Qu’est-ce que vous allez faire ? Me tirer dessus ?
Suzuki hésita un instant avant de finalement ranger son arme dans son étui et de se poster face à la porte, comme attendant de pied ferme que celle-ci s’ouvre afin d’être sûr d’être le premier à bondir au dehors.
Izumi essuya son costume, mis son sac sur son dos et fit de même.
-Je… je vous ai entendu parler avec Yamaza là-haut. Déclara Suzuki sans même regarder le jeune homme.
-Ca vous as fait peur ? balança Izumi dans un sourire.
Il y eut un silence.
-Vous savez, dit le policier. Je ne pense pas que cette femme soit votre épouse.
-Tiens donc.
-Non. J’ai bien vu la façon dont elle était habillée. La façon dont elle se tenait. C’est le genre de fille avec lequel vous autres acceptez de baiser mais jamais papa/maman ne vous autoriseraient à demander sa main.
-Et… où est-ce que vous voulez en venir ?
-Là ou je veux en venir ?... Vous avez peut être un moyen de pression contre nous. Mais elle non. Et elle ne semble pas être avec vous donc vous n’avez aucune raison de l’aider.
Un nouveau silence.
L’ascenseur était presque arrivé.
-J’ai bien l’intention de retrouver cette fille. Décréta Suzuki. Pas nécessairement pour l’arrêter, mais elle s’en ai prise à mon collègue. Elle va payer.
-C’est dommage. Répondit Kokuro. Parce que moi aussi j’ai bien l’intention de la retrouver.
La cabine s’arrêta.
-Vous ne comptez pas nous faciliter la tâche. Demanda Suzuki.
-Non.
La porte commença à s’ouvrir.
-Alors voilà ce que je vous propose, suggéra le policier. Le premier à la trouver dispose d’elle comme bon lui semble.
L’étudiant eut un sourire.
-Vous avez déjà perdu. Lança-t-il.
Puis il s’élança à travers le hall.
Le policier s’élança à sa suite.


3, 2, 1. Troisième acte.

Beaucoup de gens s’écartèrent sur la passage des deux hommes et de nombreux regards se tournèrent vers eux tandis qu’il parcouraient le hall en courant comme des dératés.
-Merde ! C’est pas bon pour moi ça. Pensa Izumi. Les gens pourraient bien commencer à croire que ce policier est en train de me poursuivre. Si c’est le cas et que l’un d’entre eux tente de se mettre en travers de ma route pour m’arrêter, il me fera perdre un temps précieux.
Sans hésiter, le jeune homme ralentit sa course, jusqu’à bientôt marcher tranquillement.
Suzuki accéléra le pas et passa devant lui. Mais lorsqu’il remarqua cela dit que l’autre c’était arrêté, il stoppa lui aussi sa course avant de se retourner et de planter son regard perplexe dans celui du garçon.
Le rez-de-chassé de la tour Tokiko était composée d’une myriade de boutiques de luxe devant lesquelles des gens commençaient peu à peu à s’agglutinaient avec curiosité. Parfait. Izumi pourrait utiliser la foule afin de disparaitre.
Tandis qu’il fixait toujours le policier, il commença à reculer de quelques pas.
Suzuki ne voulut pas le lâcher. Sans doute pensait-il que le jeune garçon venait d’apercevoir la fuyarde.
Il évolua vers lui.
Izumi continua à reculer à un rythme relativement raisonnable pendant quelques secondes, puis, au dernier moment, il jeta un regard en direction d’une boutique à sa gauche et fonça en courant vers elle avant de s’évaporer dans la foule.
Il dévia discrètement de sa trajectoire. Lorsqu’il fut plus loin, il vit d’un œil avisé, le policier rentrer en trombe dans la boutique. Izumi s’élança alors en toute hâte dans le sens inverse, vers la porte d’entrée de la tour.
Il adressa un dernier regard aux ascenseurs. Celui qui menait au bar était en train de descendre vers le rez-de-chaussée, sans doute avec l’officier Yamazaki à son bord.
Le temps commençait à manquer et à devenir traitre.
Izumi descendit dans la rue.


1,2,3… et maintenant, jouons à chat…

Le jeune garçon se confondit à la foule et jeta de grands coups d’œil partout autour de lui afin de voir si il ne pouvait pas retrouver la jeune fille qu’il avait mis en fuite.
Ces deux abrutis de flics lui avait fait perdre un temps précieux.
Et puis cette Sheryl, quelle idiote ! Peu importe ce qu’il y avait dans son sac. Si elle l’avait gentiment donné aux policiers, Izumi était quasiment sûr qu’il aurait pu la tirer d’affaire au moment où ceux-ci l’auraient ouvert. Il était plutôt doué en baratin. Surtout lorsqu’il s’agissait de traiter avec le petite frappe.
Mais en s’enfuyant ainsi et en agressant un ripou, elle risquait de finir au trou et surement après un petit passage à tabac.
Tout ça parce que le jeune homme voulait voir ce qu’il y avait dans son sac.
Bon sang ! Il fallait qu’il l’a retrouve en premier !
Le plus rapidement du monde, il fit un 360° afin de voir si il ne pouvait pas l’apercevoir au milieu des badauds.
-Allez, murmura-t-il, une jeune occidentale aux cheveux roses, ça ne doit pas courir les rues !
Enfin, il fallait au moins reconnaitre une chose : il s’amusait. Il s’amusait follement. Et comme il ne s’était pas amusé depuis longtemps.
Comme il ne s’était pas amusé depuis Nana peut être…
-Une jeune fille aux cheveux roses. Allez ! Une jeune fille aux cheveux roses ! Un occidentale !
Izumi s’immobilisa.
-Ca y est, j’ai trouvé ! Pensa-t-il.
Il fit quelques pas en direction de sa cible.
Non.
Il ne s’agissait que d’une barbe à papa.
Son esprit avait du faire une mauvaise association d’idées.
-Putain ! Se dit Izumi. Mais concentre toi bordel !
-Au voleur ! S’exclama une voix au loin. Elle, elle m’a volée toute ma petite monnaie !
-Tiens…
Izumi courut en direction de la personne qui venait de donner l’alerte.
Là, il vit une vieille femme pointer l’est.
-Elle m’a volée mon sac ! S’écriait celle-ci. Avec toute ma petite monnaie !
Kokuro jeta un regard en direction de la voleuse.
Elle était trop grande et trop brune pour être sa cible.
-Xho ! Jura-t-il.
Son regard se reporta alors, presque comme par reflexe, vers la tour Tokiko.
Les officiers étaient devant, scrutant la foule.
Izumi explosa intérieurement.
-Non. Il ne faut pas qu’ils la trouve avant moi. Je ne peux pas perdre ! Pas cette partie ! Je ne veux pas perdre !!! JE DETESTE PERDRE ! Bon… bon, ne divague pas. Rassemble-toi, concentre toi et la solution va te sauter aux yeux sans que tu ais à fournir le moindre effort.
Tout en marchant, il continua son raisonnement intérieur :
-Cette Sheryl a visiblement l’habitude de fuir la police, sinon, elle n’aurait jamais eu le cran de jeter son verre sur l’officier Yamazaki. Elle a du conserver son sang froid et agir avec intelligence. Comme moi, en somme… que ferais-je dans une telle situation ? Soit je tenterais de me dissimuler dans la foule mais, ça, avec un visage aussi exotique et une coupe de cheveux aussi flashi que les siens, c’est impossible. Oui, c’est ça… alors il ne lui restait plus qu’une seule solution !
Izumi trottinait désormais en direction de la plage. De là, il prit l’allée pavée qui bordait la côté et s’élança en direction de l’est.
-Bien sûr, se dit-il, c’est ça. J’ai trouvé. Il ne lui restait plus qu’une seule solution : fuir le plus loin et le plus vite possible ! Elle va essayer de rejoindre le métro, j’en suis sûr. C’est le moyen de transport le plus proche... Si je me souviens bien, la prochaine station est à environ deux blocs. Si elle n’y est pas, il faudra que j’essaie la ligne de bus Kaisoku. C’est à cinq blocs au nord.


L’étau se resserre…

Izumi arrivait presque à l’entrée de la station de métro.
De là, il jeta de nombreux coups d’œil tout autour… rien.
-Putain !
Il réfléchit un instant. Puis il tenta de reprendre son calme. Il interpella une femme au hasard et il lui demanda :
-Excusez moi… s’il vous plait. Je cherche une amie à moi. Une touriste. Elle est de passage à Kensei et elle ne connait pas du tout les lieux. Alors, comme elle devait me rejoindre il y a déjà deux heures, j’ai peur qu’elle se soit perdue. Elle a un visage assez européen et de longs cheveux teints en rose. Vous ne l’auriez pas vu par hasard ?
La passante ne se donna même pas la peine de répondre.
-C’est pas vrai… pensa l’étudiant.
Il réitéra l’expérience une fois, puis deux, puis trois. Il passa près de cinq minutes à harceler les passants mais personne ne semblait avoir vu ou remarqué la mystérieuse femme.
C’était bien sa veine. Le profil le plus identifiable du pays et personne ne l’avait vu.
A bout de patience, le jeune homme était sur le point d’abandonner au moment où il aperçut une forme rose non loin.
-Est-ce que … ! Oh !
Il crut presque sentir son cœur exploser tant la joie et l’autosatisfaction l’envahirent au moment où il distingua clairement la jeune femme marcher, à quelques dizaines de mètres de lui, prête à entrer dans la station de métro.
Kokuro fut pris d’un rire qu’il eut du mal à retenir.
C’était parfait. Il n’avait qu’à la suivre de prêt et alors, il prendrait, avec elle, la direction d’une autre partie de la ville et ils seraient ainsi débarrassés des policiers.
Soulagé, le garçon s’apprêtait à coller aux talons de la danseuse au moment où il remarqua avec stupeur les deux agents de police, à quelques foulés de pas derrière elle.
-Quoi ! Ces deux idiots m’ont devancé ! Se dit Izumi. C’est impossible…
Ou alors ils avaient repérée la jeune femme plus tôt et s’étaient contentés de la suivre discrètement. Enfin, les détails importaient peu. Le fait était qu’ils l’avaient retrouvée avant lui. Tout était fini maintenant. Ils allaient lui mettre la main dessus en premier. C’était certain.
Mais alors qu’Izumi croyait la jeune femme perdue, il vit un petit garçon qui courait, passer devant les policiers juste au bon moment pour que le ballon Totoro gonflé à l’hélium qu’il tenait dans sa main ne leur cache la vue une seconde. Seconde qui suffit pour qu’ils perdent visiblement leur cible des yeux.
Kokuro, à bonne distance, les vit la chercher du regard.
De son côté, elle, elle avait visiblement remarqué leur présence.
C’était-elle rendu compte du fait qu’ils l’avaient suivie ?
En tous cas, elle se ravisa et abandonna son projet de descendre dans le métro pour finalement s’enfoncer dans une petite ruelle sombre qui se trouvait tout près.
Les officiers ne la virent pas.


3,2,1. En avant pour la danse. Car c’est de moi dont on va avoir besoin pour ce dernier acte et il vaut mieux que ça swing.


Kokuro comprit ce qu’il devait faire maintenant.
Sans hésiter une seule seconde, il se lança dans une course folle en direction de la station de métro. D’un air faussement négligeant, il bouscula l’un des deux policiers en passant à leur hauteur, puis il s’élança au grès des marches qui s’enfonçaient profondément sous la surface de la terre.
-Hey !
S’était exclamé l’agent des forces de l’ordre au moment où Izumi lui était rentré dedans. Puis, le reconnaissant, il avait donné une petite tape à son collège et le lui avait montré du doigt.
Les deux hommes, présumant que celui-ci avait aperçut la jeune femme qu’ils savaient toute proche décidèrent de le prendre en filature.
Kokuro descendit les marches quatre à quatre et sauta par-dessus les tourniquets pour finalement arriver à une station souterraine gigantesque.
Au dessus de sa tête s’alignaient des dizaines de pancartes sur lesquelles figuraient les noms des différentes lignes disponibles.
-Bon, se dit Izumi. Quel quai choisir ?
Il fallait que le train qui le desserve soit tout juste sur le point d’arriver.
Sans autre option satisfaisante, le jeune homme se fit à son oreille.
Il entendit bientôt le vacarme des roues d’un métro grincer sur des railles, tout près, à sa droite.
De nouveau, il s’élança et tendit, qu’il dévaler de nouvelles marches, il remarqua, par-dessus son épaule, les deux silhouettes des gardiens de la paix se détacher du vide qui le poursuivait.
-Parfait.
Il sauta par-dessus les trois dernières marches et atterrit sur le quai au moment où un train en direction des quartiers sud ouvrait ses portes.
Il pénétra dans le wagon le plus proche.
Il contourna les quelques sièges qui le séparaient de la porte menant au wagon attenant et, avant d’ouvrir celle-ci, s’assura bien que les deux policiers (qui venaient à leur tour de pénétrer dans l’engin), le remarquent.
Le jeune homme pénétra dans un second wagon et s’élança aussitôt à travers celui-ci.
Sans surprise, ses poursuivants le prirent en chasse.
Tandis qu’ils évoluaient à travers la cabine, le rythme de leur course se faisait de plus en plus pressant. Tant et si bien d’ailleurs, que nombre de voyageurs qui investissaient le wagon durent s’écarter sur leur passage de peur d’être bousculés.
Il y eut une légère secousse, le bruit de la sonnerie annonçant la fermeture des portes du métro retentit. Izumi pénétra dans un nouveau wagon.
-Les abrutis, pensa l’étudiant. Se doutent-ils seulement de la supercherie ? Il va falloir faire vite.
A la seconde où il pénétra dans ce nouveau wagon, Kokuro se précipita en direction des portes du train qu’il franchit d’un bon pour se retrouver de nouveau sur le quai.
A peine les policiers qui étaient à sa suite se rendirent-ils compte du subterfuge que les portes automatiques du métro s’étaient déjà refermées sur eux. Les emprisonnant au moins jusqu’au prochain arrêt et mettant fin, de ce fait, à la poursuite.
-YATA ! pensa le jeune homme.
Il se délecta avec perversion du spectacle des visages des deux agents de police en train de se décomposer. Puis, il leur adressa un salut magistral (comme au théâtre) et quitta le quai de la gare.
Il n’avait plus désormais qu’à ressortir de la station de métro.
Une fois à la surface, il s’enfoncerait dans la ruelle où il avait vu disparaitre Sheryl plus tôt et s’élancerait en courant à sa poursuite.
Il ne tarderait très probablement pas à la croiser et alors, le jeu serait terminé.


GAME OVER.

* * *

Après quelques mètres de calvaire passés à traverser une ruelle sombre et étroite, Sheryl McDones atterrit dans une petite cour remplie de fleurs roses, bleues, jaunes et de plantes aussi belles les unes que les autres. Le spectacle était des plus saisissants !
Mais cela restait tout de même un cul-de-sac.
Grimaçant, la jeune femme voulut faire demi-tour. Cependant, lorsqu'elle tourna les talons, elle se rendit compte qu’une silhouette plutôt mince se tenait désormais dans la petite ruelle sombre.
Le manque d'éclairage ne permettait pas de la distinguer clairement.
Posant son sac contre un petit muret, elle se planta, droite comme un « i » face à cette étrange apparition, dans une position qui faisait vaguement penser à une posture de combat. Son regard était dur, son expression : déterminée. Elle semblait visiblement prête à faire face à l’inconnu. Peut être même avait-elle décider de se battre. Elle était, de toutes évidences, sur la défensive.
Mais pour toute agression, elle n’eut droit qu’à une série d’applaudissements visiblement enthousiastes.
-Bravo. Décréta une voix d’homme. Vraiment : bravo.
Izumi Kokuro fit un pas en direction de la petite cour, se révélant complètement à la jeune femme.
Il était toujours affublé de son costume de salryman, son sac était sur son dos et il affichait un large sourire qui semblait, tout à la fois, insupportablement arrogant et étrangement bienveillant.
Bientôt, il s’arrêta d’applaudir et il posa sur la jeune femme un regard plein d’admiration.
-Honnêtement, bien joué. C’était du grand art. Même si je me doutais bien du fait que tu n’étais pas tout à fait comme les autres femmes que j’ai l’habitude de côtoyer, jamais, au grand jamais, je n’aurais soupçonné chez toi l’existence de telles ressources. Figure toi : une fille qui, à première vue, n’est rien d’autre qu’une âme perdue sans avenir ; une petite danseuse sans envergure mais qui, lorsqu’elle se sent acculée et sans aucun autre échappatoire possible, n’hésite pas à fracasser un verre sur le nez d’un vieux ripou et à prendre la fuite devant deux policiers armés. Forcément, quand on ne s’y attend pas, ça surprend. Et puis, tu t’en es admirablement bien sortie pour les semer. Tu leur a échappé entre les doigts avant même qu’ils n’aient l’idée de fermer leur main pour t’attraper.
Izumi applaudit de nouveau avant d’ajouter :
-Vraiment mademoiselle McDones, je ne pensais pas vous dire cela mais, en plus de m’avoir diverti -ce qui est déjà un exploit en soit- vous avez, par votre cran et par votre débrouillardise, su forcer mon admiration.
Sur ce, il eut un petit rire avant d’entamer un mouvement en direction de la jeune femme.
-Alors, puisque vous êtes quelqu’un qui n’a visiblement pas froid aux yeux et auprès de qui on ne s’ennuie pas, soyons amis. D’accord ?
L’étudiant allait s’approcher plus encore de la danseuse avant de se rendre compte que celle-ci lui affichait un visage des plus hostiles. Enfin, du moins, c’est l’impression qu’il eut.
Elle semblait perplexe, tendue ou encore en colère.
Le sourire du jeune homme s’effaça alors aussitôt.
-Qu’est-ce qu’il y a ? Quelque chose ne va pas ?
La jeune femme ne répondit rien ou alors Izumi ne lui en laissa pas le temps.
-O, je vois, c’est à cause de ma petite farce. Ca n’est rien de bien méchant. Disons simplement que je t’ai rencontré à un moment où je m’ennuyais tout particulièrement et, comme j’ai très vite remarqué que ton sac à main renfermé quelque chose d’assez intéressant, comme je n’arrivais pas à deviner de quoi il s’agissait et comme tu semblais sur le point de disparaitre avant que je n’ai eu le temps de résoudre ce mystère, je me suis dit que j’allais bouger quelques pions histoire d’accélérer les choses.
Le jeune homme afficha, de nouveau un sourire radieux, avant d’esquisser une révérence et de lancer, l’air de rien :
-Je suis désolé. Maintenant, ça te va ? Reprenons les choses à zéro si tu le veux bien. Je m’appelle Kokuro Izumi, de l’université de Kensei. Et j’ai étais, crois le, enchanté de faire ta connaissance. Veux tu que…
Il hésita un instant, puis il poursuivit :
-Veux-tu que nous fassions quelques pas ensembles afin de reprendre notre conversation là où nous l’avons laissée ?
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MessageSujet: Re: Un instant loin du monde [pv. Sheryl McDones]   Dim 28 Avr - 23:15

Spoiler:
 


Le jeune homme qui émanait d'en travers l'allée n'était seulement que l'avocat qu'elle cherchait autant à fuir que les officiers à ses trousses. Pourquoi la suivait-elle, lui aussi ? Avait-il quelque chose à se reprocher au point de suivre la demoiselle jusqu'ici ? Les applaudissements qui lui faisait face ne firent qu'aggraver la défensive qu'elle avait envers le jeune homme. Il était bel et bien fou, ou bien sa vie n'était pas assez pimentée pour qu'il la gâche ainsi. C'était son problème et en aucun cas celui de Sheryl. Il n'avait pas à l'inclure dedans encore moins faire comme si rien ne c'était passé. Ses mots sonnaient comme des menaces aux oreilles de la jeune femme qui ne bougea pas d'un pouce de sa posture. Plus il approchait, plus elle reculait, même si bientôt le muret lui servirait de traitre. Les applaudissements cessèrent, le calme revint. Un calme étrangement tendu.

Le jeune homme s'était visiblement amusé et souhaitait être amis avec la jeune femme. Sheryl ne répondit toujours pas. Ce n'était pas sa vision de l'amitié et encore moins avec quelqu'un d'aussi étrange que ce type là.

-Qu’est-ce qu’il y a ? Quelque chose ne va pas ?

Il était perspicace comme jeune homme, décidément. Elle en aurait surement pour des jours, voir même plusieurs semaines avant que les officiers ne tirent un trait sur cette affaire et cela l'amusait. Etait-il cinglé? Toujours sur la défensive, observant le moindre fait et geste du jeune homme, elle ne répondit toujours pas. Préférant observer si ce n'était pas encore un piège de sa part pour finir en prison. Après tout, les avocats et les officiers étaient intimement liés. Pourrait-elle faire confiance à quelqu'un d'aussi mystérieux? Il semblait essayer de se justifier de ces actes. C'était un gamin égoïste. Pour se divertir, il ne se gênait pas pour chercher dans les histoires des autres. Mais quel petit fouineur ! Non, elle ne pourrait jamais lui faire confiance et encore moins être amis avec cet être qu'elle considérait encore pire que ceux qui l'avaient pourchasser jusqu'ici. La demoiselle regarda derrière l'épaule de son interlocuteur, voir si des personnes suivaient mais elle n'y distinguait personne. Se détendant un peu, elle fut surprise par le jeune homme faisant un révérence à laquelle elle sourit légèrement malgré tout.

-Je suis désolé. Maintenant, ça te va ? Reprenons les choses à zéro si tu le veux bien. Je m’appelle Kokuro Izumi, de l’université de Kensei. Et j’ai étais, crois le, enchanté de faire ta connaissance. Veux tu que… Veux-tu que nous fassions quelques pas ensembles afin de reprendre notre conversation là où nous l’avons laissée ?


Haussant un sourcil, puis l'autre, la demoiselle se retourna doucement tout en ne quittant pourtant pas des yeux le jeune homme, sortant de son sac une petite veste grise et blanche à capuche qu'elle enfila aussitôt. La capuche était assez large pour cacher sa tignasse rose, ce qui serait plus facile pour elle de partir à travers la foule. Regardant de nouveau Izumi, le jeune avocat, elle l'inspectait sous tout les angles. Cherchant t-il un moyen de diversion ou bien était-ce une façon de vouloir s'excuser. Elle ne le savait pas encore mais ne répondit toujours rien alors qu'elle prit son sac et dépassa celui-ci pour sortir par l'allée quand elle entendit des voix de l'autre coté. Des voix familières. Sa famille. Enfin, des membres de son gang plus particulièrement. Grimaçant, elle regarda derrière elle le jeune homme qui ne semblait visiblement pas de ce monde et que ses amis feraient une joie de tabasser. Quand elle vit les deux silhouettes se stopper devant l'embouchure de l'allée, elle prit Izumi par le bras et le plaqua contre le mur gauche pour ne pas que les deux jeunes gens soient visibles. Elle se colla alors contre lui, posant son index sur sa bouche et ne le quittant pas du regard. Il ne fallait absolument pas qu'il fasse de bruit, inutile de s'attirer des ennuis pour rien. Des voix s'élevèrent depuis l'allée.

- Tu crois qu'elle s'est cassée ou encore? Elle avait pourtant dit qu'elle viendrait à la réunion aujourd'hui.
- Ouais, tu sais écoute, elle fait ce qu'elle veut si elle veut s'attirer des ennuis c'est son problème à cette demoiselle !
- C'pas cool de sa part quand même, elle aurait pu juste passée nous voir, après tout, j'aime bien l'embêter avec sa couleur de cheveux.
- Quelle idée ses cheveux roses aussi, comment veut-elle être l'une des notre si elle se fait aussi souvent remarquer ! Putain, fait chier, on en a encore pour des heures de recherches. Ramène toi.


Les pas s'éloignèrent, puis finirent pas se mêler à ceux de la foule. Alors, la demoiselle s'écarta légèrement du jeune homme et déposa la capuche sur ses cheveux, avant de dire d'un ton cinglant.

- « Nous ne sommes pas du même monde, Kokuro. »

Se mordant la lèvre, regardant le sol, elle semblait hésitante un instant avant de poursuivre.

- « Vas-t'en. Retourne à ta petite vie d'avocat, elle semble idéale pour toi. »

Étrangement, une lueur de regret se faisait sentir dans la voix de la demoiselle, c'était évident. Pourtant, elle ne souhaitait pas le montrer et le montrerait surement pas. Autre chose occupait son esprit.


Les tremblements de la demoiselle s'affichait clairement à présent. Elle ne pouvait plus les cacher et n'en avait plus envie. Il fallait qu'elle s'en aille. N'ayant aucune idée du pourquoi elle ne voulait pas que ses collègues tabassent celui qui lui avait fait une mauvaise blague, elle essayait de ne pas y penser alors qu'elle se dirigea vers l'allée, doucement, comme pour attendre quelqu'un ou quelque chose. Arrivant à l'embouchure, elle regarda autour d'elle. Rien de familier, personne, ni d'officiers. Soupirant longuement, elle se mit à marcher, se doutant presque que le jeune homme la suivrait, elle chercha alors un moyen de lui échapper. Slalomant à travers les gens, empruntant des ruelles à gauche, puis à droite pour revenir sur ses pas. Alors, elle finit par prendre le métro, le premier qu'elle trouva, s'engouffra dedans et sortie des écouteurs de son sac, frôlant au passage sa petite boite, lui donnant des frissons. Murmurant un "bientôt" inaudible, elle enfonça ses écouteurs dans ses oreilles et regardait le paysage défiler devant elle. C'était des buildings et rien d'autres. Tout était vide et pourtant c'était ici qu'elle vivait au quotidien. Fermant les yeux un instant, elle essaya de se rappeler comment aurait été sa vie sans le décès de sa mère. Son père aurait-il été plus clément avec elle? Aurait-il aimée sa fille, aurait-il eu une meilleur vie? Sheryl n'y pensait que rarement, étant donné que ce qu'il était devenu. Pourtant, c'était bien la première fois qu'elle aurait aimée courir dans l'herbe encore une fois. La demoiselle descendit à l'arrêt suivant, sans savoir si il y aurait un chemin où s'évader, sans savoir si on la suivait. Elle n'en avait plus rien à faire à ce moment même, elle souhaitait seulement une échappatoire.

Elle arriva alors à un endroit que seule la demoiselle pouvait connaître. Derrière un building, elle se faufila encore dans une petite allée, vraiment étroite cette fois-ci. On ne pouvait y accéder que de profil et encore, il fallait s'y frotter. Mais ce n'était pas un problème pour la demoiselle qui était si fine que les murs ne la touchait quasiment pas. Cette fissure débouchait sur un jardin, une sorte de patio. Ce n'était plus un cul-de-sac, comme la demoiselle aurait appeler ça précédemment. Cet endroit était pour elle un échappatoire, une envie de voir la vie plus haut qu'elle ne l'était. Oui, c'était belle et bien un cul-de-sac, pourtant l’atmosphère qui en dégageait était tout autre, c'était un endroit de paix et rien d'autre. Loin du bruit de la ville, des voiture, des gens. Personne à l'horizon, enfin. Un moment de paix et de solitude. Elle aperçu un petit banc à l'abri d'un hêtre, où elle s'y posa et attendit un petit moment avant de reprendre sa respiration. Tremblante, elle sortit alors la petite boite et l'ouvrit enfin, pour en sortir une petite roulée qu'elle cala entre ses lèvres. Reposant la dite boite dans son sac, elle sortit un briquet de sa poche et alluma sa sauveuse. Alors que la fumée s'infiltrait dans ses poumons, ses tremblements commençait à ralentir pour finir par disparaitre. Soupirant, elle recommença à prendre de l'assurance et à enfin faire attention au bruit extérieur.

Sa voix se fit plus douce, plus calme quand à l'intention de l'interlocuteur dont les pas se faisaient nettement entendre à présent.

- « Que souhaites-tu de moi, à la fin ? Je t'ai diverti, comme le gamin égoïste que tu es, maintenant, qu'attends-tu de plus ? Je n'ai rien à t'offrir de plus. »


La demoiselle n'avait rien à offrir à personne, elle le savait bien. Elle était seule et sans amis, sans amants et sans personne qui ne comptait sur elle ou bien souhaitait des choses d'elle, autre que son corps, bien évidemment. Quelqu'un qui s’intéressait à elle n'était forcement intéresser que pour cette chose ou bien pour "se divertir". Avalant une autre bouffée de fumée, elle finit par reprendre la parole.

- « Des explications non plus, tu n'en auras pas, Kokuro. »


Elle se permit de le tutoyer, comme il l'a fait à son égard et puis, ce n'était pas vraiment quelque chose de méchant. La jeune femme l'avait finalement accepter à ses cotés et ce n'était pas forcément une chose mauvaise en soit. Une voix féminine s'éleva derrière elle et la fit sursauter.

- Kokuro...

La jeune femme se retourna brusquement alors qu'elle vit en face d'elle une jeune femme qu'elle ne connaissait pas, visiblement choquée du nom qu'elle venait de sortir. Elles se dévisagèrent l'une et l'autre pendant quelques minutes. C'était quoi son problème à elle ? Qui était- elle ? Que se passait-il encore ? Sheryl ne l'avait encore jamais vu. Etait-elle nouvelle dans le clan des Kura, venue la chercher pour la réunion qu'elle avait fuit ? Ou bien était-ce une amie de Kokuro ? L'étau se resserrait et c'était assez étrange comme situation. Visiblement, Kokuro ne m'avait pas suivi et était reparti dans son coin. C'était donc quelque chose d’encombrant en moins. Restait plus qu'un seul problème maintenant, mais les choses se réglerait surement vite, Sheryl ne souhaitait pas se faire importuner.



Dernière édition par Sheryl McDones le Mer 29 Mai - 5:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un instant loin du monde [pv. Sheryl McDones]   Mer 29 Mai - 0:40

Spoiler:
 

Kokuro sentit subitement la main de la jeune fille lui saisir le bras et le précipiter dans l’ombre de la ruelle où elle le plaqua contre le mur.
Si l’on le lui avait demandé plus tard, il n’aurait su expliquer pourquoi, à cet instant, il ne ressentit ni le besoin ni encore moins l’envie de se défendre.
L’empoignade réveillait quelque chose en lui. Quelque chose qui était en sommeil depuis bien longtemps. Quelque chose d’agréable, de grisant, d’excitant…
Où la danseuse voulait-elle en venir ?
Et puis, soudain, Izumi entendit deux voix s’élever un peu plus loin, dans la rue principale.
Il écouta d’un air distrait une discussion qui, si elle lui parut, à première vue, sans intérêt, allait bientôt en venir à titiller sa curiosité et finirait par lui permettre , enfin, d’assembler dans son esprit, les dernières pièces qui manquaient à ce puzzle qu’avait constitué l’énigme qu’il avait construite autour de l’aura de mystère qui planait sur la véritable identité de la jeune inconnue.
Les deux voix d’hommes parlèrent de ce qui ressemblait fort à une sorte de réunion secrète. Ils abordèrent aussi le sujet d’une jeune fille aux cheveux roses qui avait visiblement ratée celle-ci et dont ils étaient désormais à la recherche.
-Nano…(*) pensa Izumi.
Car la véritable identité de la personne en question ne laissait subsister que peu de doutes. Et le jeune étudiant avait désormais du mal à voir la réalité en face car, au fil de la discussion dont il venait d’être l’orateur, il avait obtenu un indice capital quant à l’identité des deux inconnus qui évoluaient en contrebas de la ruelle. Une preuve que peu de gens, peut être, auraient saisie mais qui apparaissait à Kokuro comme une évidence. Le faisceaux de présomptions était désormais trop grand. La marge d’erreur : négligeable. Et au fur et à mesure que le voile de mystère qui avait planait sur l’identité de l’inconnue se dissipait, Kokuro prenait conscience de l’étrange fatalité qui s’était mise en route. Car s’il s’était amusé à se jouer de la belle Sheryl, ce qu’il ignorait c’était que, dans le même temps, c’était le destin lui-même qui s’était amusé à se jouer de lui.
Le destin, la Providence, ou quelque mauvais génie.
Et lui il n’avait rien vu. Comment avait-il pu ne rien voir ?
Car les deux inconnus s’exprimaient d’une manière particulièrement irrévérencieuse et avec un fort accent étranger. Difficile de supposer qu’il s’agissait de salarymen ou de personnages d’un âge mûr. Ils étaient jeunes. C’était certain. Ils venaient d’un autre pays. Et ils n’attachaient visiblement pas beaucoup d’importance au fait de parler un japonais correct.
Ils avaient pourtant parlé d’une réunion…
Oui. Izumi avait désormais la profonde certitude que les deux hommes entretenaient des activités obscures, voire secrètes. De plus, ils avaient parlait d’une jeune fille aux cheveux roses qui, selon leur dire, attirait un peu trop l’attention sur celles-ci. Il n’était donc pas difficile de déduire qu’elle étaient, en principe, sensé demeurer l’apanage de quelques initiés.
La jeune fille aux cheveux roses, c’était Sheryl. Il n’en avait pas croisé plus d’une cette après-midi là. Quant à l’organisation à laquelle elle semblait appartenir…
Izumi bouillonnait désormais d’une rage qu’il avait du mal à contenir.
Cela faisait maintenant près de deux ans qu’il était devenu un tueur expérimenté dans l’extermination d’une vermine dont il ne supportait ni la vue ni l’évocation du nom. En ce lapse de temps, il avait appris à reconnaitre ces personnes, à les différencier du reste de la population, à se glisser dans leur peau même parfois ; à penser comme eux ; à mettre en avant ce qui les distingue afin de bien marquer une distance entre eux et les êtres humains normaux et ce dans un seul et unique but : afin de ne jamais oublier qu’ils n’étaient qu’un ramassis de déchets. Des moins que rien qu’il fallait à tout prix empêcher de nuire ! Des indésirables, des parasites… mais aussi, de futurs victimes.

Car ce sont des pêcheurs. Des pêcheurs qui se sont éloignés du chemin que Dieu a tracé pour eux et qui du fond de leur puits de crasse et de laideur, n’attendent qu’une chose, une seule : l’absolution. Grâce qui ne peut venir que de ma main. Car seule ma vision, seul mon mystic eye(*1), est assez agile pour distinguer les bons des mauvais et pour punir les mauvais, afin qu’ils trouvent enfin la voie de la rédemption.
C’est ce que je suis, je n’y peux plus rien.
Cet état est indépendant de ma volonté.
Je suis celui dont le rôle est de corriger les erreurs. Je suis la faux de la mort qui s’abat sur les méchants. Je suis l’ange rédempteur des kura qui n’ont plus qu’à s’incliner devant moi comme des rats devant leur maitre ! L’ombre qui plane dans un ciel brûlant de souffre qui recouvre, l’espace d’un instant, la vallée où s’entassent des monticules d’âmes aux émanations noires. Et au cœur desquels se détache une silhouette aux cheveux fluorescents. Une silhouette de femme…


Izumi sentit le contact brûlant de deux seins contre sa poitrine. Il plongea son regard dans celui de Sheryl.
La danseuse était à-demi sur lui. Son index plaqué contre sa bouche. Elle semblait vouloir lui demander de se taire. Son bras était très légèrement tremblant. Animé par un mouvement qu’une sorte de démon intérieur semblait provoquer. Un démon qu’Izumi crut un instant reconnaitre avant de laisser tomber cette idée. Tandis que la jeune femme était contre lui, Kokuro sentit le rythme des battements de son cœur. Et ceux de son propre cœur se calèrent sur ceux-ci. Comme ci ce simple métronome était devenu maître de son âme et, qu’à travers ses battements, il venait d’imposer son règne sur le royaume du Temps ; royaume dont Izumi n’était que l’esclave.
Sheryl avait rentré ses cheveux dans la capuche de son imperméable. Elle avait le visage temporairement éteint, le front baissé, les lèvres légèrement tremblantes et les yeux à demi clos. Mais à travers le miroir de ceux-ci, perlait une lueur grise qui faisait penser au gris de son manteau.
Une lueur si fade qu’elle en devenait exquise.
Une lueur qui suscitait autant l’intérêt que la pitié.
Une lueur que Kokuro ne connaissait que trop bien.
-…
Il retint une exclamation.
Une seconde, il crut que cet étrange rapprochement allait durer des heures.
Mais les deux kuragari finirent par s’éloigner et la jeune femme se recula.
Que venait-elle donc de faire ?
Elle s’était visiblement jeter sur Izumi afin de le protéger des inconnus. La belle affaire. Il n’était que deux, n’est-ce pas ? Sauf si l’un d’eux eut maitrisé les arts-martiaux, le jeune homme et son karaté n’auraient très probablement eu aucun mal à se défendre si ils avaient voulu lui chercher des crosses.
Ceci dit, l’acte de Sheryl avait retenu son attention. Il ne lui était pas reconnaissant. Non. C’était autre chose. Un instant, il se demanda si il n’était pas amoureux d’elle. Mais ce n’était pas cela non plus. Ca y est ! Kokuro venait de mettre le doigt dessus. Il venait de comprendre. Tout était clair. Ce qui le tracassait c’était que cette fille n’avait pas agit normalement.
Un kuragari, ça n’est pas un être humain normal. Un kuragari, c’est un yôkai, un monstre, un démon. Et un démon, ça n’aide pas un être humain. Ca ne tente pas de la protéger. Et encore moins de ses congénères.

Cette fille… !

Izumi ne l’aimait pas. Non , il l’aimait de moins en moins. Elle n’était pas normale. Elle n’entrait pas dans le moule… Elle ne jouait pas avec les bonnes règles du jeu !
Elle était pire que les autres. Elle était une erreur dans son théorème. Une exception à sa règle d’or. ELLE ETAIT DETESTABLE !
Il fallait la faire disparaitre. Oui ! Sa vue commençait à devenir insupportable au garçon. Il fallait la réduire au silence ! LA TUER ! Et ce au plus vite !!
Elle devait être sa prochaine victime. IL N’AVAIT PAS LE CHOIX !
Elle devait attirer l’attention de maître Satô et lui fournir une bonne excuse pour passer à l’acte.
Car elle était… elle était … u n e p l a i e…
Sans le vouloir, le jeune garçon serra les dents à l’intérieur de sa bouche, déformant très probablement son visage en une grimace des plus atroces.
-Nous ne sommes pas du même monde Kokuro. Murmura Sheryl du bout des lèvres. Vas-t-en. Retourne à ta petite vie d’avocat. Elle semble idéale pour toi.
Et sur ce, elle mit sa capuche, tourna les talons et fit mine de s’en aller.
Izumi regarda autour de lui. Agar. Il n’était plus maître de ses émotions.
Et là, il trouva, à quelques pas de lui, gisant au pied d’un des murs de la ruelle les débris d’un cagette qui avait très probablement servit de petit bois à des sans-abris qui avait du s’en servir pour allumer un feu non loin.
Il y en avait des morceaux qui étaient encore bien long. Des morceaux qui étaient suffisamment pointus. Des morceaux qui semblaient parfaits…
Au moment où la jeune fille lui tourna le dos, il profita de son mouvement pour se baisser et pour ramasser l’un des morceaux.
Le mouvement fut rapide. Elle ne le remarqua très probablement pas.
Evoluant d’un pas rapide mais léger dans sa direction, il braqua son regard sur le pli que dessinait sa capuche au niveau de sa nuque.
Devant se trouvait son cou.
Là, tout près, à à peine quelques centimètres de lui, il y avaient, bien en évidence sous une large mais fine capuche, les carotides de Sheryl. Deux artères saillantes qui frémissaient sans doute au rythme de son mouvement.
Deux torrents de sang au déferlement aussi brutal que celui d’un volcan en fusion.
Le visage de Kokuro se déforma encore un peu plus. Il avançait d’un pas léger. Inaudible… Pourtant il avançait. Oui, il avançait bien.
La jeune femme tremblait. Et chacun des tremblements de sa proie ne faisaient qu’accentuer la fureur du jeune homme. Il lui sembla, un instant, que son cœur était toujours connecté à celui de la demoiselle et il y sentit comme un pincement.
Cette Sheryl. Elle marchait doucement… trop doucement !
Et lui, il se rapprochait déjà d’elle… il se rapprochait tellement !
La carotide est l’endroit le plus sensible chez l’être humain. Lorsque l’on s’attaque à un tel point vital, n’importe quel objet devient une arme d’une dangerosité mortelle.
Une fois l’artère percée, le corps met moins de trois minutes à se vider de la totalité de son sang. La personne touchée met alors moins d’une minute pour mourir.
Une petite minute…
…coincée dans cette ruelle…
… une petite minute…
… et tout sera fini !
Sheryl arriva à l’embouchure entre la ruelle et la rue principale.
Elle aurait pu s’y précipiter… elle ne le fit pas. Au contraire, elle y pencha la tête, observa la foule des piétons, prit tout son temps.
Elle le narguait… Izumi retint presque un rire nerveux. Un rire de fou, de dément.
Elle le narguait. Avec ses deux belles carotides qui se présentaient à lui. Ces deux belles carotides pleines de sang et de pêché !
Sans même y prendre garde, Kokuro leva le bras. Celui-ci se prolongeait par son arme. Arme qui allait bientôt s’abattre. S’abattre comme la justice ! Justice qui ne pardonne pas ! Pardon qui n’ait propre qu’à Dieu ! DIEU QUI VOULAIT FAIRE DE LUI SON BRAS ARME !

* * *

Le garçon sursauta en se rendant compte de ce qu’il était sur le point de faire.
Il recula de quelques pas et laissa tomber le morceau de palette sur le sol.
-Qu… qu’est-ce que…
Le garçon se considéra avec gravité.
Avant qu’il ne s’en rende compte, il vit la silhouette de Sheryl être happée par la foule au sein de laquelle elle se volatilisa aussitôt, engloutie pas des flots et des flots de masques aux traits opaques.
-Qu’est-ce qui m’a pris ? s’étonna Kokuro. Je… je ne suis pas un tueur. Ca n’est pas moi… pas ça ! Je… je suis un rédempteur, un ange envoyé par Dieu sur terre pour réparer les erreurs qu’il a commise. Je ne tue pas. Je n’en éprouve pas l’envie. J’exécute un plan savamment établi. Un plan dressé par Dieu et dont je suis le dernier maillon. Tuer cette femme… et même le simple fait d’en éprouver l’envie… ça n’est pas ce que je suis sensé faire… Je ne suis pas un tueur… je ne suis pas un monstre…
La flamme qui venait de brûlait Izumi jusqu’au plus profond de ses entrailles, il ne l’avait jamais ressentie avant ce jour. Cette envie dévorante de faire taire, de réduire au silence, d’éliminer… il lui semble qu’elle ne l’avait jamais animé. Jamais à ce point là. Et puis même, de toute sa vie, il n’avait jamais perdu le contrôle de lui-même.
Sheryl… pourquoi avait-elle eut ce pouvoir sur lui ? Pourquoi avait-elle, ne fut-ce qu’une seconde, sut prendre, peut être malgré elle-même, le contrôle de ses pensées ?
Ca n’était pas ainsi que les choses était sensées se passer !
-Putain de merde ! Hurla Kokuro, attirant l’attention de quelques passants sur la ruelle.
Il baissa alors la tête sous le poids du fardeau qui venait de s’abattre sur ses épaules.
Ne sachant quoi faire, il mit ses mains devant son visage et les examina avec une grande attention, comme pour vérifier qu’il s’agissait bien des siennes.
Au moment où il releva le regard, il sentit son cœur s’arrêter.
Là, à l’autre bout de la ruelle ; à l’autre bout de la rue principale, se tenait Nana.
Nana…
Il était sorti avec elle au lycée… il l’avait aimé… il était mort pour elle et il était rené…
Il ne l’avait pas vu depuis tant d’années…
Et désormais… voilà que désormais, elle se tenait là, dans la rue d’en face, ses deux yeux brillants comme ceux d’un chat, braqués sur lui.
-Non… non… murmura Kokuro.
Ca n’était pas vrai. Ca n’était pas possible. Elle ne pouvait pas vraiment être là…
Il cligna des yeux et Nana disparut. Et là il comprit. Il comprit tout.
Cette violente envie de tuer. Cet instinct meurtrier qui l’avait animé au moment où Sheryl s’était éloignée… il était du au fait que… au fait qu’elle était Nana.
Enfin, disons qu’elle lui rappelait Nana.
Elle avait cette même lueur dans les yeux.
Cette lueur éteinte et pourtant si vive.
Cette lueur de junky…
Il n’avait pas voulu la tuer parce qu’il avait deviné qu’elle faisait partie des kura. Enfin, si. Le fait de savoir qu’il s’agissait d’une kura avait détruit, aux yeux du jeune homme, toute l’humanité que celui-ci avait su voir en elle et l’avait réduit au simple rend d’esprit.
Mais cette lueur. La lueur de Nana. Elle avait transformé l’esprit qu’était devenu Sheryl en le fantôme de son ex petite-amie.
C’est elle et elle seule qu’il avait voulu tuer.
Tuer… Nana !
Pourquoi ? Ca n’était pas normal. Il n’était pas sensé vouloir tuer. Il n’était pas un tueur… du moins, pas un tueur passionnel. Et surtout ; surtout, il n’éliminait que les kura… pas les fantômes. Pas le fantôme d’un amour perdu.
L’étudiant tourna le dos au monde avant d’attraper son portable et de composer le numéro de téléphone de Satô-sensei. Pas question de passer par le cabinet. Il devait directement lui parler. Il venait de se rappeler d’une phrase que celui-ci lui avait dite, il y avait deux années de cela.
-Kokuro ! S’exclama la voix de l’avocat. Tu as prêt d’une demi-heure de retard mon garçon, sans compter que tu as déjà décalé ton horaire d’arrivé d’une heure…
-Vous vous souvenez sensei, coupa le garçon, vous vous souvenez de cette fois où vous m’avez dit que l’on prend très vite goût à la tuerie ?
Il y eut un silence.
-Oui. Répondit Satô-sensei.
-J’ai eu envie… très envie… de tuer une jeune femme aujourd’hui…
Un nouveau silence.
-Viens au cabinet mon garçon. Nous allons un peu parler tous les deux.
Et il ajouta :
-Viens directement. Ne fais pas de détour. Tu es déjà très en retard.



Sayumi Satô plongea une dernière fois le doigt dans la sauce béchamel qui reposait sur son fourneau.
Celle-ci avait durcie. Elle avait toujours la saveur savoureuse que les gourmets lui reconnaissent mais elle avait perdu sa consistance liquide et onctueuse.
L’étudiante attrapa son téléphone portable et appuya sur la touche de rappel automatique.
Une voix métallique se déclencha.
-Vous êtes bien sur le portable de Kokuro Izumi. Je ne suis pas joignable pour l’instant mais laissez moi un message et je vous rappellerai.
-Kokuro, c’est moi. Pour la troisième fois. Visiblement tu ne rentres pas manger ce midi. Je m’en fiche mais la prochaine fois, préviens-moi par exemple en répondant à ton téléphone lorsque je t’appelle. Imagine si je m’étais mis dans la tête de te cuisiner quelque chose. Ca m’aurait causé beaucoup de soucis que personne ne rentre pour y goutter.
Elle eut un soupire.
-Heureusement je te connais et je sais qu’avec toi c’est loin des yeux, loin du cœur et que, quand tu ne réponds pas, il ne vaut mieux pas se décarcasser à te préparer quelque chose. Enfin… rappelle-moi.
Sayumi raccrocha.

-Izumi…
Murmura-t-elle exaspérée en jetant un œil à la multitude de casseroles et de poils qui s’alignaient devant elle.
Elle avait passé la moitié de la mâtiné à cuisiner pour lui.
Elle savait que la mère de Kokuro mettait en avant les racines aristocratique de son mari et s’en servait pour revendiquer une certaine noblesse qu’elle pensait démontrer en accentuant chacune de ses phrases, en s’habillant de belles robes très chères et en buvant du vin européen.
C’était une incommensurable admiratrice de la France, de Paris et de ce qu’elle évoquait très souvent avec un fort accent parisien comme « la furenuchu totsu »(*2).
Elle était très éprise de gastronomie française et c’était donc, par la force de l’habitude, que cette cuisine était devenue, après les nouilles et la bonne viande, la cuisine préférée de son fils.
Aussi, lorsque Sayumi voulait faire plaisir à son petit-ami, c’est ce qu’elle lui préparait : une belle entrecôte de bœuf ou de porc avec des champignons, un peu de petit poids et des carottes, qu’elle accompagnait de pommes de terres sautées couvertes d’un mince filet de sauce béchamel. A côté de cette assiette digne d’un prince ou peut être d’un roi, elle préparait aussi toujours une salade de cresson agrémentée de radis et de chèvres chauds, le tout arrosé d’une sauce vinaigrette à la moutarde. Elle préparait quelques escargots pour l’entrée et, pour le dessert, elle faisait toujours un flan ou une gigantesque mousse au chocolat qu’ils se partageaient tous les deux. En plus de prendre énormément de temps, la confection d’un tel repas demandait des ingrédients qu’il était très difficile de se procurait et que Sayumi achetait souvent à l’avance et congelait dans l’attente de s’en servir.
La jeune femme poussa un nouveau soupir.
Elle ouvrit le placard qui se trouvait sous son évier, attrapa un sac poubelle et y fourra tous les mets qu’elle s’était donné tant de mal à préparer.
Elle fit une rapide vaisselle, s’empara de son sac poubelle, d’un panier et quitta son appartement.
L’après-midi promettait d’être ensoleillé. Autant en profiter.

La jeune femme adorait le fait d’être en couple.
Plus jeune, elle avait vécu un célibat long et pénible. Non pas qu’elle était moche ou inintéressante. Au contraire, son visage était très beau et son intelligence toute naturelle lui faisait avoir une conversation que tous recherchaient. Seulement voilà, pendant longtemps, elle avait était grosse. Très grosse même. Elle ne mangeait pas beaucoup. Elle n’aimait pas manger. Mais elle était de ceux qui avaient cette physionomie naturellement ronde.
Au cours préparatoire, puis au collège, on avait pris l’habitude de l’appelait « la vilaine vache ». Elle en avait souffert. Elle en avait pleuré même. De très nombreuses fois.
Et lorsqu’elle avait commencé à être amoureuse, elle n’avait jamais osé révéler ses sentiments à qui que ce soit de peur que celui-ci ne se moque d’elle.
Elle se souviendrait toujours de ce jour du Whiteday (*3) où, au lieu de lui offrir des chocolats, un bon nombre des enfants de son collège avaient glissé dans son casier des mots qui disaient à peu près tous la même chose :

« PLUS DE CHOCOLAT POUR TOI !
T’EN AS DEJA SUFFISAMENT MANGER !
ゴメン ! 笑
(*4)»


Oui, elle n’avait jamais eu de petit copain.
Enfin, du moins, pas avant le lycée.
Car c’est à peu près à l’âge de 17 ans que la jeune fille avait décidé de prendre son destin en main.
Prétextant une envie soudaine de découvrir le monde (l’appel du globe-trotter en somme), elle avait persuadé son père de lui payer un tour de la Méditerranée. Elle avait visité le sud-est de la France, l’Italie, la Corse puis elle s’était envolée pour la Grèce, l’Egypte et enfin le Maroc.
C’est en arrivant dans ce dernier pays qu’elle avait mit en œuvre un plan qu’elle avait depuis longtemps élaboré.
Elle avait réussi à se trouver une interprète peu regardante, à la condition d’être bien payée et celle-ci l’avait aiguillée vers des chirurgiens esthétiques qui ne regardaient ni l’âge, ni la nationalité, ni les risques et elle s’était occupait de toutes les formalités relatives aux multiples opérations qu’avait réclamées la riche adolescente japonaise.
Cet été là, elle avait subi une liposucions et deux opérations dont le but final était de lui poser un anneau gastrique.
Elle ne s’en était pas rendue compte. Elle ne le sut jamais. Mais au cours de la troisième opération, elle mourut pendant quelques secondes. Et elle manqua de ne jamais rouvrir les yeux.
Les dégâts qu’avaient causé le chirurgien marocain ne purent être rattrapés par ses confrères japonais. Bien que les jours de la jeune femmes n’étaient plus directement en danger, les médecins qui eurent l’occasion de l’examiner s’accordèrent tous sur le fait que les interventions qu’elle avait souffertes étaient irréversibles et que bien qu’ayant désormais l’assurance de conserver un poids assez modeste, celle-ci allait devoir, dès lors et pour toujours, lutter contre la malnutrition et l’anorexie, tant son estomac avait accidentellement été atrophié et son mode alimentaire radicalement et à jamais perturbé. Cette lutte, de plus, ne se verrait pas facilitée par ce que les psychologues que l’on la força à voir appelèrent un dangereux syndrome de borderline.
Cela dit, cette transformation fut une renaissance pour Sayumi. Dès lors, la jeune femme s’assumait. A sa manière à elle ; manière somme toute étrange voire autodestructrice. Mais elle s’assumait et c’est ce qui comptait.
Au printemps suivant, on l’avait changé d’école. Là, elle réussit à tromper son monde. Cachant ses soucis de santé avec une détermination sans borne et un sourire que les naïfs prenaient pour dénué de toute substance, elle affronta le monde qu’elle fit plier sous sa volonté.
Elle intégra l’équipe d’athlétisme de l’école et elle commença à être invitée à sortir par les garçons.
Mais en raison de ses problèmes médicaux, Sayumi fut toujours relayée à une place de second plan au sein de son équipe de sport. Quant à ses histoires de cœurs, tous les garçons avec qui elle avait été intime la laissaient tomber lorsqu’ils apprenaient à mieux la connaître. Comme si il y avait en elle quelque chose d’anormal ; d’insupportable.
Telle avait était sa vie pendant longtemps. Une vie à moitié vécue par une fille presque à moitié morte.
Et puis, son père lui avait présenté Kokuro…
Il était différent des autres garçons. Il n’avait pas toujours l’air très concerné par leur relation et il était loin d’être la personne parfaite ; il était égoïste, narcissique, colérique et très exigent alors que, de son côté, il ne donnait pas toujours le meilleur de lui-même ou, du moins, pas en apparence. Pourtant, il était doté d’une qualité que Sayumi n’avait encore trouvée chez personne d’autre.
Il ne la jugeait pas.
Il avait bien remarqué qu’il y avait quelque chose d’étrange chez elle. Quelque chose de spécial. Ils en avaient déjà discuté quelques fois. Mais jamais, au grand jamais, il n’avait posé sur elle un regard plein de dédain ou accusateur. Au contraire, à travers ses yeux, la jeune femme s’était toujours vu plus belle qu’elle ne pensait l’être en réalité. Splendide, à tous les points de vues. Aussi bien physiques que moraux.
Elle avait l’impression qu’elle avait été présentée à lui comme une fille d’une rare exceptionnalité, un diamant brute qui avait été choisi tout spécialement pour lui. Sa femme. Celle qu’il lui fallait. Oui, elle ne doutait pas du fait que c’était comme cela que l’on l’avait décrite au jeune homme. Cela dit, ce qu’elle aimait, c’est que lui n’avait visiblement jamais osé remettre en cause ce portrait.
Elle n’était pas la Sayumi Satô du passé avec lui. Pas non plus la Sayumi Satô du présent. Mais celle de l’avenir. Sa Sayumi Satô. Celle que lui voulait qu’elle soit.
La chose pouvait paraître réductrice. Mais c’est ce qu’il lui avait toujours fallu à elle. Elle le savait. Et, pour cela, elle était très reconnaissante envers Kokuro.
Même si elle ne lui montrait pas toujours. Mais enfin, de temps en temps, elle avait envers lui de petites attentions qui, à son sens, suffisaient à témoigner de toute l’affection qu’elle lui portait.
La jeune femme était-elle amoureuse de lui ?
Non. Non, elle ne l’aimait pas. Elle l’avait aimé au début de leur relation ou, du moins, c’est ce qu’elle l’avait cru. Mais elle s’était vite rendu compte qu’elle ne l’aimait pas et qu’il ne l’aimait probablement pas non plus. Cela dit, entre eux, les choses étaient comme déjà écrites. Déjà prévues d’avance. Tout roulait comme du papier-musique sans que l’on ait besoin d’y accorder le moindre effort. Alors, dans ces conditions là, quel besoin de s’aimer ?
En revanche, la jeune femme n’aurait jamais accepté de se séparer de lui car, tout comme elle lui appartenait, elle considérait que lui aussi lui appartenait.
Depuis qu’il était arrivait dans sa vie, Sayumi s’aimait. Elle avait appris à être amoureuse. Mais d’elle-même. Amoureuse de la Sayumi que les autres croyaient amoureuse. De la parfaite petite épouse en devenir. De la mère de famille en formation. De la plus habile des ménagères. Tout à la fois étudiante, sportive et femme au foyer. La femme telle que la fantasmaient les hommes ; telle que l’on la rêvait au pays du soleil levant.
Alors, comme pour prendre soin d’elle-même, la jeune femme aimait à passer du temps à gâter Izumi.
C’est ce qu’elle s’apprêtait à faire ce samedi après-midi, comme beaucoup d’autres après-midis de week-end.
Elle n’avait pas de compétition aujourd’hui alors, après la déception qui lui avait été infligée au déjeuner, elle s’était emparée d’un panier, avait quitté son appartement et avait pris le bus en direction du centre-ville.
Elle allait jouait à faire des emplettes au marché. C’était son jeu préféré.
Elle savait que l’appartement était déjà propre. Izumi, en rentrant, trouverait son bureau rangé, ses habits nettoyés, repassés et rangés dans son armoire, il ne manquait plus qu’à s’assurer qu’il trouve aussi une bière et un petit repas chaud préparé avec de bons produits frais.

Le bus de Mlle Satô contourna le parc municipal Taimori et s’élança le long de la gare. Un peu plus loin, au cœur des quartiers est, il y avait un gigantesque marché couvert où l’on vendait de tout sauf du poisson.
On pouvait y trouver des radis, des carottes, des œufs, de la bonne viande, du riz, du saké…
Tous les produits de la campagne mais en plein cœur de la ville.
C’est là que la jeune femme se rendait.
Elle avait l’habitude d’y faire ses courses et avant de s’atteler à la tâche, elle avait son petit rituel. Toujours le même.
Les éclats saphir d’un haut soleil d’été fouettaient avec tendresse les vitres de l’autobus et dissipaient, l’espace d’un instant, le fil de la réalité.

Sayumi observa la ruelle devant laquelle elle se tenait. En descendant du bus à l’arrêt Miraku, elle ne s’était pas dirigée vers le marché mais s’était instinctivement engouffrée entre les building, jusqu’à accéder à un dédale de ruelles qu’elle avait eu l’occasion d’observer par le passé. Là, entre deux immeubles des années 70 se découpait une ruelle à peine plus large que ne l’était un homme adulte et bien portant qui se serait tenu de profil.
C’était une sorte de portail entre deux mondes qu’elle avait déjà eu (elle ne se souvenait même pas pourquoi) l’occasion de traverser par le passé.
L’accès y était pourtant difficile. L’endroit était étroit, la lumière du jour n’y accédait pas et les climatiseurs qui se trouvaient dix étages plus hauts dégoulinaient d’une eau glacée qui se changeait en pluie et se déversait tout le long du mystérieux corridor.
Pourtant, la jeune femme savait que le jeu en valait la chandelle. Car, de l’autre côté du passage, se trouvait ce qu’elle n’aurait pu appeler autrement qu’un « temple ».
Il y avait en effet, là, une sorte de cour intérieure naturellement formée par l’espace qui se découpait entre trois buildings et sur laquelle aucune fenêtre ne donnait. Un paradis secret. Là, en effet, un fantôme anonyme, sans que l’on sut qui ce fut ni pourquoi il agit un jour ainsi, réussi à aménager un magnifique petit jardin qui éclipser complètement le spectre de la ville qu’il masquait par un voile emprunt de la douceur et de la fraicheur de la campagne.
C’était « un temple ». Et, sans que Sayumi ne sut ni comment ni pourquoi, son gardien avait accepté de la laisser le fouler de son pied.
C’était un acte sans conséquence. Enfin, sans doute. Puisque, de toute façon, il n’y en avait pas encore eu.
Et elle était une privilégié. Aux vus des lieux, il ne devait y avoir que très peu de gens qui avaient déjà entendu parlé de l’endroit. Peut être même n’étaient-ils que trois : la personne qui l’avait aménagé, elle et Izumi qu’elle avait emmené ici un jour.

Un sourire se dessina sur le visage de la petite femme. Au rythme des battements impatients de son cœur, elle enfila la poignée de son panier autour de son cou, se recouvrit la tête du fond de celui-ci et se laissa absorber par la faille.
L’averse provoquée par les fuites d’eau des climatiseur vint instantanément se briser contre le fond du panier retourné sur la tête de Sayumi.
Et, demeurant au sec, la jeune fille réussit à avancer sans trop de difficultés.
Elle n’avait jamais trop aimé cette traversée. C’était toujours la même chose. Elle se retrouvait là, un panier ou une serviette sur la tête (l’endroit était trop petit pour y ouvrir un parapluie), le dos contre un mur et le visage contre un autre. Les yeux rivés contre le noir d’un crépi engorgé de pollution. Et tandis qu’elle était à mi-chemin, elle était toujours saisie par la même peur panique : celle que les murs ne se referment soudain sur elle et ne l’enferme à jamais.
Là, elle paniquait un instant, elle suffoquait, elle manquait de défaillir et puis, reprenant ses esprits, elle se donnait du courage en se disant que, à l’époque où elle avait été grosse, elle n’aurait jamais pu s’offrir le luxe de franchir un endroit aussi étroit. Elle se disait alors que son petit bout de jardin était la récompense que la Providence lui avait offerte en paiement de tous ses efforts. Une rétribution durement méritée et hautement appréciée.
Au moment où la dernière goûte d’eau de l’averse artificielle de la ruelle s’eut écrasée sur le fond du panier ; au moment où la jeune femme retira celui-ci de par-dessus sa tête et leva les yeux au ciel ; au moment où des rayons de soleil lui parvinrent enfin et où une puissante chaleur vint l’entourer et l’étreindre avec vigueur ; Sayumi fut, une fois encore et pour longtemps après cet instant, émerveillée par la beauté du petit coin de paradis qui s’élevait, jusqu’au ciel, devant elle.

Au grès des façades grises des vieux immeubles commerciaux, couraient de longues et fines tiges de lierre en fleur dont les éclats verts et blancs projetaient dans l’air des feux d’artifices aux détonations silencieuses.
Un peu plus bas, il y avait des roseaux d’un marron pâle plantés sur des tiges imperturbables aux pieds desquels sommeillait un arrosoir recouvert de boue.
Il avait visiblement plu il y a quelques jours.
Sayumi fit un petit effort de mémoire mais elle ne parvint pas à s’en souvenir. Et puis, elle s’en fichait bien. Elle était bien trop absorbée par tant de beauté.
A ses pieds, on avait recrée un sol. On s’était visiblement débrouillé pour cassé une assez bonne partie du goudron qui s’était trouvé ici et on avait extirpé du trou ainsi crée une quantité phénoménal de terre que l’on avait éparpillait un peu partout en des tas à la hauteur inégal, reformant ici, mais en moins spectaculaire, des collines minuscules, des vallées et des plaines, toutes recouvertes d’une herbe visiblement fragile mais d’un vert délavé qui faisait penser à de longues journées d’été.
Partout où le regard pouvait se portait, on avait planté (ou avaient poussés) des fleurs sauvages tels des pissenlits ou des coquelicots qui, certes, prises séparément, n’avaient pas fier allure mais qui, considérées dans leur ensemble, formaient un tapis blanc, jaune et rouge dans lequel on avait envie de se rouler.
Et puis là, au milieu du « sanctuaire », sous un hêtre encore minuscule qui avait émergé d’on ne savait où, l’architecte des lieux avait réussi à fabriquer un banc. Un petit banc de bois qui, malgré sa complexité, avait forcément était construit et peint ici puisqu’il n’aurait jamais pu passé à travers l’étroit corridor qui permettait d’accéder au site.
Oui. L’endroit était merveilleusement saisissant. Comme sorti d’une peinture. Une peinture éternellement figée dans une beauté immortelle. Rien n’y était jamais perturbé. Tout y était toujours à sa place.
Du moins, jusqu’à aujourd’hui.


Car, sur ce petit banc blanc, était assise une forme noire, enveloppée dans un imperméable gris, qui avait la tête enfoncé dans ses mains et au dessus de qui s’élevait un nuage d’une fumée empreinte de chanvre.
Vu sa corpulence, il s’agissait d’une femme.
Une ermite perdue en ses lieux au sein desquels elle n’avait très probablement pas le droit de siéger.
Sayumi eut un haut-le-cœur lorsqu’elle la vit.
Mais pour qui se prenait-elle à s’immiscer ici ? Dans son coin à elle. Dans son temple perdue. C’était comme si elle avait essayé de s’emparer de sa demeure ou de briser son ménage. Elle venait de lui voler une partie d’elle-même.
Et puis, une idée traversa l’esprit de la jeune femme.
Peut être… peut être n’était-ce pas là une âme errante qui avait atterri ici par hasard, mais bien le concepteur (ou plutôt la conceptrice) de ce paradis.
-…
Un sourire illumina le visage de la petite femme.
Se pouvait-il… ?
Un profond sentiment de gratitude emplit son corps où elle chassa toute animosité.
Sayumi se surpris même à faire un pas en direction de l’étonnante apparition. Elle allait sans doute l’interpeller ; prendre la parole. Oui, elle allait le faire, d’une seconde à l’autre. La remercier pour ce beau cadeau qu’elle lui avait offert.
Peut être allaient-elles devenir amies !
-Que souhaites-tu de moi, à la fin ! S’écria l’inconnue d’une voix sèche avant même que Sayumi ait eu le temps d’ouvrir la bouche.
-Qu’est-ce que… murmura la jeune femme.
-Je t'ai diverti, reprit l’autre. Diverti comme le gamin capricieux et égoïste que tu es ! Maintenant, qu'attends-tu de plus ! Je n'ai rien à t'offrir… rien du tout.
-Rien du tout…
-Va-t-en. Si ce sont des explications que tu veux, vas-t-en. Car tu n’en auras pas non plus.
Et puis vint le mot de trop :
-Non, tu n’auras pas d’explications, Kokuro !
-Kokuro…
L’inconnue se retourna brusquement. Elle n’avait pas pu ne pas entendre cette dernière exclamation de Sayumi. Celle-ci n’avait pas était chuchotée. Elle était sortie du fond du cœur de la petite femme et s’était aussitôt envolée à travers le jardin pour se dissiper dans l’air sec des hauteurs.
-Ko… Kokuro… se dit Sayumi.
Ca n’était pas le hasard qui avait conduit cette fille ici… Elle n’était pas non plus la conceptrice des lieux. C’était Izumi qui lui avait montré l’endroit ? Il l’avait emmené ici… pour qu’elle le divertisse ?
Sayumi resta un instant le visage figé, dépouillé de toute émotion, à examiner la jeune femme qui la regardait désormais droit dans les yeux.
La première chose qui l’interloquât fut ses cheveux. Des cheveux roses qui entouraient un visage banal, sans grand intérêt et à l’expression navrante. Elle avait tout l’air d’une pute. Une pute qui venait de briser la calme quiétude de ses après-midis d’été…
Sayumi porta la main à sa poche et prit son téléphone portable.
Sans dire mot mais sans lâcher la femme du regard, comme si il s’agissait d’un fauve dont on redoute l’attaque qui vient si on le quitte des yeux, Sayumi composa le numéro d’Izumi.

Le jeune homme regarda son téléphone portable. Il refusa l’appel.

Le panier de Sayumi tomba par terre. La main tremblante, elle composa un autre numéro.
Elle ne disait mot.
-Cabinet de maître Satô. Dit une voix féminine à l’autre bout du fil. Urumi à l’appareil. Que puis-je faire pour vous ?
-S… Sakura, lança la jeune femme d’un ton absolument dénué de toute substance. C’est Sayumi.
-A ! Sayumi-chérie ! Comment vas-tu ? Tu veux que je te passe ton papa ?
-Non merci. J… j’appelle au sujet de Kokuro. Il travaille cet après-midi, n’est-ce pas ?
-A oui, je confirme ! D’ailleurs, il a décalé son heure d’arrivé sans même tenir compte du fait que j’avais besoin de lui ici, moi! Et même maintenant, il n’est toujours pas arrivé !
-Il n’est pas là. Répéta Sayumi. Sans intonation, sans marque d’interrogation ; juste comme une affirmation. Un simple fait : « il n’est pas là ».
-Euh… oui. Oui, il n’est pas là, c’est ce que je te dis…
La jeune femme raccrocha.
Elle regarda l’inconnue encore un instant. Elle grava son visage dans sa mémoire. Puis, elle jeta un ultime coup d’œil à ce jardin qui signifiait tant de choses.
Elle fit alors volte-face et s’enfonça à travers la ruelle qui dégoulinait d’eau.


Izumi pénétra dans le hall de l’immeuble qui contenait le cabinet de maître Satô. Son portable sonna une nouvelle fois.
Trempée jusqu’aux os et suscitant les regards interrogateurs des passants, Sayumi avait évolué, aussi vite qu’elle avait pu, en direction de l’arrêt de bus. Elle avait voulu fuir. Fuir un lieu qui l’avait trahie.
Kokuro se décida enfin à répondre.
Il fallait qu’il évacue ce problème avant d’aller voir maître Satô. La discussion qu’il s’apprêtait à avoir avec ce dernier allait très probablement être très éprouvante. Il était encore très perturbé par les étranges pulsions qui l’avaient assaillis quelques dizaines de minutes plus tôt. Il avait besoin de se confier à son maître. S’abandonner à lui afin d’y voir un peu plus clair. Le problème Sayumi devait être éjecté au plus vite.
-Quoi !
S’exclama l’étudiant en décrochant son téléphone.
-Euh… Izumi…
-Oui ! Quoi ? qu’est-ce qu’il y a ! TU m’a appelé quinze fois depuis ce matin ! Tu n’as pas compris que tu dérangeais ?
Il y eut un silence.
-Et bien quoi ! Qu’est-ce qu’il y a ?
-Tu… tu n’as pas eu mes messages ?
-Non.
Un autre silence.
-Sayumi ?
-Où es-tu ?
-Au bureau.
La jeune femme retint une exclamation.
-Au bureau ?
-Oui.
-Tu es sûr ?
-Je… comment ça je suis sûr ? Bien sûr que je le suis. Puisque je te le dis. Bon, s’il te plait, tu me dis ce qu’il y a ? J’ai beaucoup de travail.
A ce moment là, à cet instant précis, la petite femme dut faire un effort surhumain –absolument titanesque- ; un effort tel qu’elle n’en avait jamais fait et qu’elle n’en referait sans doute plus, pour ne rien laisser paraitre et pour offrir à son petit-copain une voix la plus neutre et la plus naturelle possible. Elle n’oublierait jamais ce qui venait de se passer. Mais il fallait qu’elle y réfléchisse et qu’elle choisisse avec grand soin comment elle allait réagir à tout cela.
Pour l’heure, il fallait être Sayumi Satô. La femme parfaite.
-Rien. Répondit-elle sur un air presque joviale. Je me suis dit que j’allais aller au marché couvert de Miraku cet après-midi pour y faire des emplettes et je me demandais si tu préférais que je te prenne du porc ou du poulet pour tes nouilles de ce soir.
-Du porc ou du poulet… tu… tout ça pour du porc ou du poulet ?
-Et bien oui, ma foi, c’est toi qui t’amuses à ne pas répondre au téléphone alors il faut bien que j’insiste, n’est-ce pas ? Alors. Porc ou poulet ?
-Euh… je ne sais pas… poulet.
-O ! Tu es sûr que tu ne veux pas du porc pour changer un peu ? Tu passes ta vie à manger du poulet !
-Sayumi !
-Très bien, très bien. Poulet, c’est noté.
-Ok, alors à ce soir…
-Izumi, attends…
-Quoi ?
-Izumi… Izumi-chéri… désolé de t’avoir dérangé…
-A… euh, ce n’et rien. Ne t’en fais pas. Je suis un peu à cran voilà tout. Désolé de t’avoir crié dessus.
-A ce soir.
-A ce soir…

* * *


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Un instant loin du monde [pv. Sheryl McDones]

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